À Barcelone, les catholiques francophones apprennent à bâtir une communauté
Du 30 septembre au 4 octobre, prêtres et laïcs venus de communautés françaises dispersées dans le monde se retrouvent autour d’une question très concrète : comment faire Église lorsqu’on vit loin de son pays, de sa langue et parfois de ses habitudes catholiques ?
English summary
From 30 September to 4 October 2026, French-speaking Catholic communities from around the world are gathering in Barcelona for their annual pastoral meeting. Under the theme “Building a community”, priests and lay leaders will reflect on belonging, mission, fraternity and the challenges faced by Catholics living abroad. The gathering illustrates a less visible side of French Catholicism: communities that remain connected to the Church in France while learning to live within different cultures and local Churches.
Bienheureux Jean-Nicolas Cordier : un prêtre français mort sur les pontons
Le 30 septembre, le calendrier universel célèbre saint Jérôme, traducteur de la Bible et docteur de l’Église. Mais le martyrologe fait également mémoire d’un Français beaucoup moins connu : le bienheureux Jean-Nicolas Cordier.
Ancien jésuite né en Lorraine en 1710, il poursuivit son ministère après la suppression de la Compagnie de Jésus. Sous la Révolution, il fut déporté à cause de son sacerdoce et enfermé dans les terribles pontons de Rochefort. Malade, privé notamment de son bréviaire et du bâton qui lui était nécessaire pour marcher, il mourut le 30 septembre 1794 à l’âge de 84 ans. Il appartient au groupe des prêtres martyrs des pontons béatifiés par Jean-Paul II en 1995.
Cette figure discrète convient assez bien au sujet du jour. L’Église française s’est toujours déplacée : autrefois par l’exil, la mission ou la persécution, aujourd’hui par les migrations professionnelles, les études, les familles internationales et la mondialisation.
Barcelone devient pendant cinq jours une petite capitale catholique francophone
Les Journées pastorales 2026 des Communautés catholiques francophones dans le monde commencent ce mercredi 30 septembre à Barcelone et se poursuivront jusqu’au dimanche 4 octobre.
Le thème retenu est volontairement simple : « Bâtir une communauté », avec pour référence le psaume 126 : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ».
La première journée est réservée aux aumôniers. Les responsables laïcs rejoindront ensuite la rencontre, qui doit culminer samedi par une messe en français à la Sagrada Família.
Le réseau est lié à la Conférence des évêques de France. Il réunit des communautés implantées dans différents pays où des francophones cherchent à maintenir une vie catholique dans leur langue tout en appartenant à l’Église locale.
C’est une réalité peu visible du catholicisme français.
On parle beaucoup des paroisses rurales qui fusionnent, des vocations, des baptêmes d’adultes ou des débats liturgiques. Beaucoup moins de ces catholiques qui vivent à Tokyo, Hong Kong, Londres, Madrid, New York, Bruxelles ou ailleurs et qui découvrent soudain qu’une paroisse n’est pas seulement l’église située au bout de la rue où l’on a grandi.
Que signifie encore « communauté » ?
Le choix du thème n’est pas anodin.
Les organisateurs expliquent avoir volontairement évité les qualificatifs « chrétienne », « missionnaire » ou « fraternelle », non pour les écarter, mais afin de revenir à la réalité première de la communauté : des personnes différentes qui choisissent de vivre quelque chose ensemble.
Le problème dépasse largement les expatriés.
Dans de nombreuses paroisses françaises, plusieurs groupes peuvent partager les mêmes bâtiments sans former réellement une communauté. Les pratiquants historiques, les familles nouvellement arrivées, les étudiants, les catholiques issus des migrations, les convertis récents ou les fidèles attachés à des sensibilités liturgiques différentes peuvent se croiser sans véritablement se rencontrer.
Une communauté ne naît donc pas automatiquement parce que plusieurs personnes assistent à la même messe.
Elle suppose des liens, des services mutuels, une mémoire commune et surtout la possibilité pour les nouveaux venus de devenir autre chose que des consommateurs de sacrements.
L’expatriation oblige à distinguer la foi des habitudes
Les communautés catholiques francophones ont une particularité intéressante : elles obligent leurs membres à découvrir ce qui, dans leur pratique religieuse, relève réellement de la foi et ce qui relevait simplement des habitudes françaises.
À l’étranger, les horaires changent.
La manière de chanter change.
La relation entre prêtres et laïcs change.
Les gestes liturgiques peuvent changer.
Les rapports entre religion et société sont parfois radicalement différents.
Un catholique français installé à Madrid, Montréal, Singapour ou Stockholm ne retrouve pas exactement sa paroisse d’enfance exportée dans un autre décor.
C’est précisément là que l’expérience peut devenir féconde.
L’universalité de l’Église ne signifie pas que les catholiques font partout exactement la même chose. Elle signifie qu’ils peuvent reconnaître une même foi à travers des cultures différentes.
Après Léon XIV, passer des foules aux communautés
Les Journées de Barcelone commencent seulement deux jours après la fin du voyage de Léon XIV en France.
Entre le 25 et le 28 septembre, le pape a rencontré les autorités françaises, les jeunes, les évêques, les personnes accueillies à Lourdes et les participants aux rencontres de Metz. Le voyage s’est achevé lundi soir après la messe à la cathédrale Saint-Étienne.
Les images ont montré une Église capable de rassembler de grandes foules.
Mais le défi commence précisément après le départ du pape.
Une visite pontificale peut susciter une émotion, remplir une place ou réveiller un sentiment d’appartenance. Elle ne crée pas à elle seule des communautés durables.
KTO consacre d’ailleurs ses émissions de ce 30 septembre à une première relecture du voyage avec le cardinal Jean-Marc Aveline, en s’interrogeant sur les « semences » qu’il faudra désormais faire fructifier.
Barcelone apporte presque immédiatement une réponse pratique : après l’événement, il faut des gens qui se connaissent, prient ensemble, accueillent les nouveaux et acceptent de construire dans la durée.
Les laïcs ne sont plus seulement ceux qui « aident le père »
Ces communautés fonctionnent souvent avec des prêtres mobiles et des fidèles dont les séjours peuvent être temporaires.
Cela oblige les laïcs à prendre davantage de responsabilités.
Accueil des nouveaux arrivants, préparation aux sacrements, communication, organisation de groupes de prière, accompagnement des familles, activités caritatives : une communauté expatriée ne peut généralement pas attendre que le prêtre fasse tout.
Cette situation pourrait intéresser les paroisses françaises.
Pendant longtemps, le modèle pastoral a parfois consisté à placer le curé au centre et les laïcs autour de lui comme assistants spécialisés.
La diminution du nombre de prêtres rend ce fonctionnement de moins en moins viable.
La solution ne consiste pas à transformer tous les laïcs en quasi-prêtres. Elle consiste à redécouvrir que le baptême donne déjà une responsabilité dans la mission de l’Église.
Une messe française dans la Sagrada Família
Le samedi 3 octobre, les participants doivent célébrer une messe en français dans la basilique de la Sagrada Família. Une procession d’entrée avec les bannières des différentes communautés est prévue.
Le choix du lieu offre un symbole presque trop parfait.
Gaudí a consacré une grande partie de sa vie à une église qui n’était pas terminée lorsqu’il mourut.
D’autres ont repris le chantier.
Puis d’autres encore.
Une communauté chrétienne ressemble un peu à cela.
Personne n’en possède l’achèvement.
Chaque génération reçoit quelque chose qu’elle n’a pas construit seule, ajoute ce qu’elle peut, puis transmet l’ensemble à ceux qui viendront après elle.
Une Église française déjà mondiale
L’actualité récente rappelle aussi que le catholicisme français ne se comprend plus à l’intérieur des seules frontières nationales.
Une enquête publiée à l’Institut catholique de Paris souligne qu’entre 20 % et un tiers des prêtres exerçant aujourd’hui dans les paroisses françaises viennent de l’étranger, très majoritairement d’Afrique. En 2023, 1 354 prêtres venus d’Afrique accomplissaient ainsi une mission pastorale en France.
Dans le même temps, des prêtres français servent à l’étranger et des communautés francophones s’organisent sur plusieurs continents.
Les anciennes catégories deviennent donc moins simples.
Il n’y a plus d’un côté une Église de France qui « envoie » et, de l’autre, des Églises étrangères qui « reçoivent ».
Les circulations fonctionnent désormais dans les deux sens.
Le catholicisme est peut-être en train de redevenir concrètement ce que son nom affirme depuis toujours : universel.
Note culturelle : saint Jérôme et la Journée mondiale de la traduction
Le choix du 30 septembre comme Journée internationale de la traduction n’est pas fortuit : il correspond à la fête de saint Jérôme.
Jérôme maîtrisait le latin, le grec et l’hébreu et consacra une grande partie de sa vie à l’étude et à la traduction de la Bible. Sa traduction latine devint le noyau de ce que l’on appellera la Vulgate.
Le rapprochement avec Barcelone est intéressant.
Une communauté catholique francophone installée à l’étranger accomplit elle aussi un travail de traduction.
Elle traduit une manière française de vivre la foi dans une autre culture.
Et elle doit simultanément traduire cette culture pour les nouveaux arrivants français.
La traduction véritable ne consiste jamais à répéter mécaniquement les mêmes mots.
Elle demande de comprendre suffisamment les deux mondes pour que le sens puisse passer de l’un à l’autre.
Points essentiels
Les Journées pastorales des Communautés catholiques francophones dans le monde ont lieu à Barcelone du 30 septembre au 4 octobre 2026. Le thème retenu est « Bâtir une communauté ». La journée du 30 septembre est réservée aux aumôniers, avant l’arrivée des responsables laïcs. Une messe en français sera célébrée à la Sagrada Família le 3 octobre. La rencontre intervient immédiatement après le voyage de Léon XIV en France et pose une question centrale pour l’avenir du catholicisme français : comment transformer les grands rassemblements en communautés durables ?
Sources
Journées pastorales 2026 des Communautés catholiques francophones dans le monde
Programme des Journées pastorales de Barcelone
Agenda de l’Église catholique en France
Bienheureux Jean-Nicolas Cordier
Pour aller plus loin
Actualité des Églises orientales en France : une mosaïque vivante
Quand l’Église de France choisit la langue de l’Empire
Commenter
Une communauté catholique peut-elle exister durablement sans liens personnels forts entre ses membres ?
Les communautés francophones à l’étranger peuvent-elles servir de laboratoire aux paroisses françaises confrontées à la diminution du nombre de prêtres et à une société toujours plus mobile ?
S’abonner
Pour suivre chaque jour l’actualité du catholicisme français, ses communautés, ses transformations et ses figures spirituelles, vous pouvez vous abonner au blog.
Commentaires
Enregistrer un commentaire