💰 Les nouveaux croisés du capital : quand les milliardaires français redécouvrent le catholicisme
💰 Les nouveaux croisés du capital : quand les milliardaires français redécouvrent le catholicisme
Résumé (en anglais)
A handful of French billionaires, led by Pierre-Édouard Stérin and Vincent Bolloré, now openly claim their Catholic identity. Between philanthropy, ideology, and media control, their return to the Church reveals a deeper struggle over France’s moral and cultural future.
Ils se disent catholiques. Ils sont puissants, influents, souvent discrets — mais désormais, ils revendiquent leur foi comme un drapeau. Dans la France de 2025, où la sécularisation semblait avoir triomphé, un phénomène inattendu émerge : le retour des milliardaires catholiques.
À leur tête, Pierre-Édouard Stérin, fondateur de Smartbox et mécène du Fonds du Bien Commun, incarne cette nouvelle génération d’hommes fortunés qui mêlent foi, économie et influence culturelle. Derrière lui, Vincent Bolloré, patriarche du groupe Vivendi, continue de façonner le paysage médiatique au nom d’une vision conservatrice du monde. Et, dans l’ombre, d’autres fortunes suivent, investissant dans des médias, des écoles, des fondations et des cercles de pensée inspirés de l’Évangile — ou du moins, de leur lecture personnelle de celui-ci.
1. Pierre-Édouard Stérin, l’entrepreneur-mystique
Il parle sans détour de sa conversion et de sa volonté de « donner sa fortune à Dieu ». Avec une valeur nette estimée entre 1,2 et 1,6 milliard d’euros, Pierre-Édouard Stérin, 50 ans, a bâti un empire grâce à Smartbox, puis l’a transformé en laboratoire philanthropique.
Son instrument ? Le Fonds du Bien Commun, structure dotée de centaines de millions d’euros pour soutenir des projets éducatifs, culturels, spirituels et « patriotiques ». Il a aussi investi dans Le Crayon, Factuel, et s’est un temps intéressé au rachat de Marianne — avec un objectif affiché : réancrer la France dans ses « racines chrétiennes ».
Mais cette croisade spirituelle s’accompagne d’un activisme politique assumé. Le Monde a révélé en juillet 2024 l’existence du projet Périclès, destiné à « rendre possible la victoire politique des forces de droite » grâce à des financements privés. Mediapart y voit la main d’un « mécène de la droite identitaire », entre prière et lobbying.
Interrogé par L’Express, Stérin assume sa démarche : « On ne peut pas se dire catholique et rester passif devant la déchristianisation du pays. »
2. Bolloré, le parrain du catholicisme médiatique
Avant lui, Vincent Bolloré avait ouvert la voie. Fidèle à la messe et au rosaire, l’homme d’affaires breton a fait de sa foi un axe discret mais central de sa vie publique.
À travers CNews, Europe 1, C8 et Havas, Bolloré a bâti ce que la RTS appelle « un empire catholique conservateur », où les valeurs de l’ordre, de la famille et de la tradition sont érigées en rempart contre le relativisme moderne.
Télérama et France24 soulignent que son influence dépasse la simple économie : elle participe d’une recomposition idéologique du pays, où la religion devient un marqueur identitaire et culturel, souvent associé à la droite dure.
S’il se défend d’imposer une ligne confessionnelle, ses choix éditoriaux en disent long : place donnée aux débats sur le wokisme, à la défense des racines chrétiennes, ou à des figures comme Éric Zemmour ou Charlotte d’Ornellas. Pour ses partisans, Bolloré redonne voix à une France chrétienne oubliée. Pour ses détracteurs, il réinvente une “Église médiatique parallèle”, où le confessionnal a été remplacé par le plateau télé.
3. Entre foi et influence : la tentation du pouvoir
Ces milliardaires ne se contentent pas de prier : ils structurent un véritable écosystème.
Stérin, Bolloré et d’autres — comme Charles Beigbeder ou Louis-Marie de Castelbajac — investissent dans des écoles libres, des think tanks, des œuvres caritatives et des médias. Leur but : réintroduire le catholicisme dans le débat public, souvent sous une forme culturelle plutôt que sacramentelle.
Mais cette affirmation de la foi se heurte à un paradoxe fondamental : comment concilier l’accumulation de richesses avec l’appel évangélique à la pauvreté ?
Le Collège des Bernardins posait déjà la question : « Peut-on être riche et chrétien ? »
La doctrine sociale de l’Église répond : oui, si la richesse sert le bien commun. Or c’est précisément le vocabulaire de Stérin. Mais, pour ses détracteurs, son « bien commun » reste une marque privée — un projet où le Christ croise le capital.
4. La foi comme marque de distinction
Dans une France sécularisée, se dire catholique est presque devenu une posture de rupture, voire d’avant-garde.
Les sociologues y voient une reconversion symbolique du capital : après la philanthropie laïque, vient la philanthropie chrétienne. Le mécène catholique ne finance plus seulement des musées, mais des causes spirituelles.
À Versailles comme à Neuilly, à Paray-le-Monial comme à Saint-Germain-des-Prés, les cercles d’affaires catholiques se multiplient. Ils organisent retraites, messes privées, et conférences sur « la foi et l’entreprise ».
Le catholicisme devient ici non seulement une foi, mais un code culturel, un signe de distinction, un bouclier moral face au vide spirituel du libéralisme.
5. Les critiques : hypocrisie ou réenchantement ?
La gauche dénonce une récupération : le Christ réduit à une marque de respectabilité bourgeoise.
Mediapart évoque une « théocratie douce », où la foi justifie l’ordre social.
Mais pour d’autres, ces milliardaires révèlent une vérité plus profonde : la France cherche à réenchanter son horizon, et c’est parfois par ses élites que le mouvement renaît.
Points clés (en anglais)
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Pierre-Édouard Stérin and Vincent Bolloré embody a revival of “business Catholicism” in France.
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Their faith mixes charity, politics, and cultural activism.
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Critics see manipulation; supporters see spiritual resistance.
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The movement reflects a broader longing for moral identity in a secular society.
Sources principales
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Le Monde, « Pierre-Édouard Stérin, milliardaire catholique prêt à racheter Marianne », 2 mai 2024.
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Mediapart, « Une fortune au service de l’extrême droite », dossier 2024.
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Marianne, « Stérin ou Bolloré : qui des deux milliardaires catholiques est le plus fort ? », juin 2024.
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Télérama, « Le milliardaire catholique qui cible la presse », septembre 2025.
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France24, « Bolloré, Stérin, Pigasse… quand les milliardaires s’assument », septembre 2025.
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RTS Info, « Vincent Bolloré, le magnat de la presse au service d’un catholicisme conservateur », 2022.
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