Jean XXIII : le pape de Vatican II… et le candidat du général de Gaulle

 

Jean XXIII : le pape de Vatican II… et le candidat du général de Gaulle



✝️ Sainte du jour : Sainte Clotilde († 545)

Reine des Francs et épouse de Clovis, sainte Clotilde contribua à la conversion du royaume franc au catholicisme. Après la mort de son époux, elle se retira à Tours où elle mena une vie de prière, de pénitence et de charité. Son influence sur la naissance de la France chrétienne lui vaut d'être considérée comme l'une des grandes mères spirituelles de la nation.


Libellé

Jean XXIII, Vatican II, France, Charles de Gaulle, nonce apostolique, catholicisme français, papauté.


✨ Summary in English

Before becoming Pope John XXIII and convening the Second Vatican Council, Angelo Roncalli spent nearly a decade in France as Apostolic Nuncio. During those years he developed close ties with French political and religious leaders, including General Charles de Gaulle. His experience in post-war France deeply influenced his understanding of the modern world and the Church's mission. When he was elected pope in 1958, many French observers considered him almost “their pope”, and some historians have even described him as the preferred candidate of de Gaulle among the papabili of the time.


📖 Évangile

Matthieu 5, 9

« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »


Article

Lorsque le cardinal Angelo Giuseppe Roncalli devient pape le 28 octobre 1958 sous le nom de Jean XXIII, beaucoup de commentateurs imaginent un pontificat de transition. Âgé de soixante-seize ans, considéré comme un homme affable et modéré, il ne semble pas destiné à bouleverser l'histoire de l'Église.

Pourtant, quelques mois plus tard, il annonce la convocation du concile Vatican II.

Derrière cette décision historique se cache un aspect souvent oublié : avant d'être le pape du concile, Jean XXIII fut pendant près de dix ans un homme profondément lié à la France.

Nommé nonce apostolique à Paris en 1944 par Pie XII, il arrive dans une France encore marquée par la guerre, l'Occupation et les divisions politiques. Sa mission est délicate. Le gouvernement provisoire souhaite le départ de plusieurs évêques accusés de proximité avec le régime de Vichy. Le Vatican entend défendre l'autonomie de l'Église tout en maintenant de bonnes relations avec les nouvelles autorités.

Roncalli va réussir ce que beaucoup jugeaient impossible.

Par son tempérament conciliant, son humour et sa capacité à comprendre ses interlocuteurs, il établit rapidement une relation de confiance avec le général Charles de Gaulle. Les deux hommes sont très différents : l'un est un diplomate italien chaleureux ; l'autre un chef d'État réservé et majestueux. Pourtant, ils s'estiment profondément.

De Gaulle voit en Roncalli un homme intelligent, réaliste et attaché à la grandeur spirituelle de l'Europe. Roncalli admire chez le Général son sens de l'État et sa vision historique de la France.

Cette relation ne doit pas être exagérée, mais elle fut réelle.

Au fil des années, le futur Jean XXIII découvre un catholicisme français particulièrement vivant. Il rencontre des évêques, des intellectuels, des religieux et des mouvements apostoliques qui cherchent à annoncer l'Évangile dans une société de plus en plus moderne et sécularisée.

Il observe les débats autour de l'Action catholique, du mouvement liturgique, de la mission ouvrière et des nouvelles formes d'apostolat. La France constitue alors l'un des grands laboratoires intellectuels du catholicisme mondial.

Roncalli y apprend beaucoup.

Lorsqu'il quitte Paris en 1953 pour devenir patriarche de Venise, il emporte avec lui une expérience unique. Il a vu une Église confrontée à la modernité sans renoncer à sa foi. Il a compris les défis d'une société qui demeure culturellement chrétienne mais où la pratique religieuse commence à reculer.

Plusieurs historiens estiment que ces années françaises contribuèrent à façonner sa vision future du concile.

Lorsque le conclave de 1958 s'ouvre après la mort de Pie XII, le nom du cardinal Roncalli circule parmi les candidats possibles. Il n'existe évidemment pas de « candidat officiel » de de Gaulle, puisque le conclave demeure souverain et indépendant. Néanmoins, plusieurs témoignages de l'époque montrent que les autorités françaises regardaient très favorablement l'élection de Roncalli.

Son passage à Paris, sa connaissance du monde francophone et ses excellentes relations avec les responsables français en faisaient une personnalité appréciée de la diplomatie gaullienne.

On pourrait presque dire qu'il était le cardinal que la France connaissait le mieux.

Une fois élu, Jean XXIII ne rompra jamais ce lien particulier avec le catholicisme français. Les évêques et théologiens français joueront un rôle majeur à Vatican II : Henri de Lubac, Yves Congar, Jean Daniélou ou encore Marie-Dominique Chenu participeront largement aux réflexions conciliaires.

Ainsi, derrière l'image du « bon pape Jean » se cache aussi un homme façonné en partie par la France de l'après-guerre.

Paradoxalement, celui qui allait ouvrir l'Église au monde moderne avait appris une partie de cette modernité sur les bords de la Seine.


🇫🇷 Points importants

  • Nonce apostolique à Paris de 1944 à 1953.
  • Entretenait des relations cordiales avec Charles de Gaulle.
  • Découvrit en France les grands débats du catholicisme contemporain.
  • Fut très apprécié des responsables politiques français.
  • Élu pape en 1958 sous le nom de Jean XXIII.
  • Convoqua le concile Vatican II dès 1959.
  • Plusieurs théologiens français influencèrent fortement son concile.
  • Reste l'un des papes du XXᵉ siècle les plus liés à la France.

📚 Note culturelle

Lors de son séjour parisien, Roncalli se forgea une réputation d'homme simple, accessible et profondément humain. Contrairement à l'image parfois distante de la diplomatie vaticane, il n'hésitait pas à visiter des paroisses, rencontrer des prêtres de terrain ou dialoguer avec des personnalités très diverses.

Quand il devint Jean XXIII, nombre de catholiques français eurent le sentiment qu'un ami de la France accédait au trône de saint Pierre. Cette proximité explique en partie l'écho particulièrement favorable que reçut Vatican II dans l'Église de France.


Sources

  • Mémoires de Charles de Gaulle.
  • Peter Hebblethwaite, Jean XXIII, le pape du Concile.
  • Journal de l'âme.
  • Archives diplomatiques françaises.
  • Études historiques sur la nonciature de Paris (1944-1953).

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