🟥 12 juillet 1790 : la Constitution civile du clergé fracture l’Église de France
Quand la Révolution voulut transformer les prêtres en fonctionnaires

🇬🇧 Summary
On 12 July 1790, the French National Assembly adopted the Civil Constitution of the Clergy. The law reorganized the Church according to the new administrative divisions of France, turned bishops and priests into salaried public officials, and required them to swear loyalty to the revolutionary order. The measure split the clergy between constitutional priests and refractory priests, creating a religious fracture that soon led to persecution, deportations and martyrdom.
📰 Article
Le 12 juillet 1790, l’Assemblée nationale constituante adopte la Constitution civile du clergé. Présentée comme une réforme administrative, elle provoque en réalité l’une des plus profondes fractures de l’histoire religieuse française.
Depuis 1789, la Révolution a entrepris de reconstruire entièrement le royaume. Les anciennes provinces disparaissent, les départements sont créés, les privilèges sont abolis et les biens du clergé sont nationalisés. Il reste alors à réorganiser l’Église elle-même.
Le projet révolutionnaire ne se contente pas de modifier quelques frontières diocésaines. Il redéfinit le statut des évêques, des curés et des communautés religieuses. Les diocèses doivent désormais correspondre aux départements. Les évêques et les curés sont élus par les citoyens, selon des procédures proches de celles utilisées pour les représentants politiques. Le clergé devient salarié par l’État.
Sur le papier, les prêtres semblent obtenir une sécurité matérielle. Mais le prix à payer est considérable : l’Église de France est réorganisée sans accord préalable avec le pape et selon des principes qui subordonnent largement l’autorité religieuse au pouvoir civil.
Le problème n’est donc pas seulement financier. Il est ecclésiologique. Qui peut nommer un évêque ? Le pape, l’Église ou les électeurs d’un département ? Une autorité politique peut-elle modifier unilatéralement l’organisation de l’Église ? Un prêtre peut-il dépendre de l’État dans l’exercice même de sa mission spirituelle ?
Ces questions deviennent explosives lorsque l’Assemblée impose aux ecclésiastiques un serment de fidélité à la Constitution.
Certains prêtres prêtent serment. Ils deviennent les prêtres constitutionnels ou « jureurs ». D’autres refusent, estimant qu’ils ne peuvent accepter une loi contraire à la communion avec Rome. Ils sont appelés réfractaires ou « insermentés ».
La division traverse tout le pays. Dans certaines paroisses, deux prêtres se disputent la légitimité. L’un est reconnu par l’administration, l’autre par une partie des fidèles. Des familles se divisent. Des églises deviennent le théâtre d’affrontements. Le baptême, le mariage et les funérailles eux-mêmes prennent une dimension politique.
Le pape Pie VI condamne finalement la Constitution civile du clergé en 1791. Ce refus confirme les prêtres réfractaires dans leur position, mais il transforme aussi leur opposition en acte de désobéissance aux yeux du pouvoir révolutionnaire.
La persécution s’intensifie progressivement. Des prêtres sont arrêtés, emprisonnés ou déportés. Certains célèbrent la messe clandestinement dans des granges, des maisons particulières ou des forêts. D’autres sont massacrés lors des journées de septembre 1792. Dans l’Ouest, la défense des prêtres réfractaires devient l’un des facteurs majeurs des soulèvements vendéens.
La Constitution civile du clergé crée ainsi une Église officielle, soutenue par l’État, face à une Église clandestine, fidèle à Rome et souvent soutenue par une grande partie de la population.
La Révolution espérait rationaliser le catholicisme français. Elle provoqua au contraire une guerre de consciences.
Il serait cependant trop simple de réduire tous les prêtres constitutionnels à des opportunistes et tous les réfractaires à des héros. Certains jureurs pensaient sincèrement pouvoir concilier leur foi et la nouvelle organisation politique. Certains refusèrent ensuite les excès de la Révolution. D’autres se rétractèrent. Les trajectoires furent souvent complexes.
Mais le principe de fond demeure : l’État avait prétendu réorganiser unilatéralement l’Église, sans reconnaître pleinement son autonomie spirituelle.
La Constitution civile du clergé apparaît ainsi comme le point où une réforme politique devient une rupture religieuse. Après avoir promis la liberté, la Révolution exige bientôt des consciences qu’elles se soumettent à sa propre définition de l’Église.
La fracture ouverte en 1790 ne disparaîtra pas rapidement. Elle marquera durablement les campagnes françaises, nourrira la mémoire des martyrs et pèsera sur les relations entre l’Église et l’État jusqu’au Concordat de 1801.
📌 Points importants
- La Constitution civile du clergé est adoptée le 12 juillet 1790.
- Les diocèses sont réorganisés selon les nouveaux départements.
- Les évêques et les curés doivent être élus.
- Les prêtres deviennent des agents rémunérés par l’État.
- Un serment obligatoire divise le clergé entre constitutionnels et réfractaires.
- Pie VI condamne le texte en 1791.
- Le refus du serment conduit à la persécution, à la clandestinité et au martyre de nombreux prêtres.
📚 Note culturelle
La division entre prêtres « jureurs » et « réfractaires » a profondément marqué la mémoire familiale et locale. Dans certaines régions, les habitants conservèrent longtemps le souvenir des granges où l’on célébrait la messe clandestine, des cachettes aménagées pour les prêtres ou des chemins empruntés de nuit pour recevoir les sacrements.
Cette mémoire explique aussi pourquoi la Révolution française ne fut pas vécue partout de la même manière. Dans une partie du pays, elle fut d’abord perçue comme une libération politique. Ailleurs, elle devint le régime qui pourchassait le curé, fermait l’église et exigeait de choisir entre la loi et la conscience.
📖 Pour aller plus loin
📚 Sources
- Texte de la Constitution civile du clergé, 12 juillet 1790.
- Archives parlementaires de la Révolution française.
- Bref de Pie VI condamnant la Constitution civile du clergé.
- Timothy Tackett, La Révolution, l’Église, la France.
- Bernard Plongeron, travaux sur l’Église et la Révolution française.
- Jean de Viguerie, travaux sur le catholicisme français au XVIIIᵉ siècle et sous la Révolution.
💬 Commenter
La Constitution civile du clergé fut-elle une réforme maladroite devenue persécution, ou portait-elle dès l’origine une volonté de soumettre l’Église à l’État ?
📩 S’abonner
Abonnez-vous pour suivre nos dossiers sur l’histoire du catholicisme français, les martyrs de la Révolution et les rapports souvent orageux entre l’Église et le pouvoir politique.
Commentaires
Enregistrer un commentaire