Catholicisme français : former une génération plutôt que seulement défendre une position
À Randol, 1 800 scouts achèvent quatre jours de rassemblement tandis que l’Église prépare la visite de Léon XIV et cherche comment poursuivre son opposition à l’aide à mourir
English summary
French Catholicism remains marked by political and doctrinal controversies, especially the newly adopted assisted-dying law. Yet the gathering of 1,800 Scouts of Europe at Randol Abbey highlights another dimension of the Church: the patient formation of young people through community life, service, prayer and responsibility. As preparations begin for Pope Leo XIV’s visit, the Church must decide whether it wants merely to defend positions or to form Christians capable of living them.
Saint du jour : saint Victor de Marseille, fidèle jusque dans l’épreuve
Fêté le 21 juillet, saint Victor de Marseille aurait été un officier romain chrétien martyrisé au début du IVe siècle. Selon la tradition, il refusa de renier le Christ malgré les humiliations, les tortures et les pressions exercées sur lui.
Son culte est ancien. Un monastère portant son nom fut édifié à Marseille dès le début du Ve siècle. L’abbaye Saint-Victor devint ensuite l’un des grands foyers religieux de la Provence médiévale. Sa mémoire fut aussi honorée à Paris, où l’abbaye Saint-Victor occupa une place importante dans la vie intellectuelle et universitaire.
Victor représente une fidélité qui ne repose ni sur la recherche du conflit ni sur le goût du martyre. Il demeure simplement attaché à ce qu’il a reconnu comme vrai. Cette constance offre un fil conducteur assez juste à l’actualité du catholicisme français.
Randol : quatre jours pour apprendre à vivre ensemble
Du 18 au 21 juillet, environ 1 500 scouts et 300 responsables des Guides et Scouts d’Europe se sont réunis autour de l’abbaye bénédictine de Randol, dans le Puy-de-Dôme, pour un vaste « Grand Jeu ».
Le rassemblement associait activités en équipes, imaginaire historique, vie sous la tente, prière et découverte de la vie monastique. Il s’achève ce 21 juillet après quatre jours d’une organisation qui avait quelque chose d’assez peu contemporain : demander à 1 800 jeunes de vivre ensemble sans transformer chaque désaccord en publication sur les réseaux sociaux.
L’événement appartient à une sensibilité catholique plutôt classique et conservatrice. Les Scouts d’Europe accordent une place importante à la liturgie, à la formation personnelle, aux responsabilités confiées aux jeunes et à une certaine continuité culturelle.
Il serait pourtant réducteur d’y voir seulement une pépinière destinée à reproduire un milieu catholique déjà constitué.
Le scoutisme apprend à cuisiner pour les autres, à organiser une équipe, à soigner un blessé, à supporter la pluie, à prendre des décisions et à répondre d’un plus jeune que soi. Autrement dit, il forme à des vertus que presque toutes les sensibilités catholiques prétendent souhaiter, même lorsqu’elles ne partagent pas le même carnet de chants.
Une Église plus diverse que ses controverses
Depuis plusieurs semaines, la presse généraliste et catholique se concentre logiquement sur l’adoption de la loi instituant un droit à l’aide à mourir. Ground News recensait encore, le 20 juillet, plus d’une centaine de sources internationales ou nationales consacrées au vote français. Le sujet est principalement traité comme une confrontation politique et morale entre les défenseurs de l’autonomie individuelle et les opposants au suicide assisté ou à l’euthanasie.
La position des évêques est désormais connue. Ils considèrent le texte comme un tournant grave et veulent poursuivre leur engagement auprès des malades, des familles et des soignants. La discussion se déplacera vers le contrôle constitutionnel, l’application de la loi, la conscience des personnels médicaux et l’accès réel aux soins palliatifs.
Cette bataille reste importante. Mais le rassemblement de Randol rappelle qu’une Église ne vit pas seulement de ses réactions aux décisions du Parlement.
Elle vit aussi du temps consacré à former une personne, à lui apprendre la prière, la responsabilité, le service et la vie communautaire. Une doctrine défendue sans hommes et femmes capables de l’incarner devient progressivement un communiqué soigneusement archivé.
Ce que montrent les différentes presses catholiques
Famille Chrétienne présente le rassemblement de Randol comme un événement spectaculaire de jeunesse catholique, en insistant sur son ampleur, son organisation et l’enthousiasme des participants. L’angle est familial, missionnaire et favorable aux mouvements structurés de transmission.
La Vie s’intéresse plus largement aux festivals, universités d’été et rassemblements chrétiens. Son approche met davantage l’accent sur la diversité des expériences, les nouveaux publics et les transformations sociales du religieux. Elle cite notamment les initiatives portées par des jeunes et des mouvements aux styles plus contemporains ou charismatiques.
France Catholique continue d’explorer le renouveau des pèlerinages et des dévotions traditionnelles. Son traitement récent de La Salette insiste sur la conversion, la liturgie et la transmission d’un patrimoine spirituel exigeant.
Aleteia met de son côté en avant la préparation très concrète de la visite de Léon XIV. Une délégation du Saint-Siège doit arriver en France le 22 juillet pour examiner les lieux, les déplacements et l’organisation du voyage pontifical prévu du 25 au 28 septembre.
Ces angles ne racontent pas exactement la même Église. Les uns voient d’abord la transmission familiale et liturgique, les autres les mutations sociales, la diversité des rassemblements ou la préparation institutionnelle.
Pris ensemble, ils dessinent pourtant un catholicisme beaucoup moins immobile que ne le laissent penser ses querelles habituelles.
Léon XIV : présenter une unité qui existe réellement
L’arrivée de la délégation vaticane ouvre une nouvelle étape dans la préparation du voyage de Léon XIV.
Les projets évoqués comprennent des rencontres à Paris, une grande veillée avec les jeunes au Stade de France et une messe de très grande ampleur. Les détails restent soumis aux repérages, aux contraintes de sécurité et aux décisions définitives du Saint-Siège.
La visite obligera l’Église de France à choisir les visages qu’elle présentera au pape.
Les scouts et les familles organisées seront naturellement présents. Mais il faudra également montrer les nouveaux baptisés, les personnes handicapées, les paroisses populaires, les communautés issues de l’immigration, les ordres contemplatifs, les catholiques sociaux, les mouvements charismatiques et les fidèles attachés aux anciennes formes liturgiques sans être en rupture avec Rome.
Une unité uniquement obtenue par le placement soigneux des délégations dans les gradins ne survivrait guère au départ du cortège pontifical.
La vraie question est donc la suivante : les différentes familles catholiques peuvent-elles reconnaître que les autres transmettent elles aussi quelque chose d’indispensable ?
Former plutôt que recruter
Le rassemblement de Randol pose enfin une question plus profonde : quel est le but de la transmission chrétienne ?
Il ne s’agit pas seulement de conserver des effectifs, de remplir les églises ou de préparer une relève militante pour les prochaines batailles bioéthiques.
Former un chrétien signifie lui apprendre à discerner, à servir et à prendre soin de ceux qui ne lui ressemblent pas. Cela suppose aussi de lui donner une foi assez solide pour supporter le doute, les échecs et la rencontre avec une société qui ne partage plus ses références.
Le scoutisme peut contribuer à cette formation. Les aumôneries, les communautés charismatiques, les paroisses, les monastères, les mouvements sociaux et les écoles spirituelles françaises le peuvent également, chacun avec ses richesses et ses limites.
Saint Victor rappelle que la fidélité se vérifie dans l’épreuve. Mais une fidélité durable ne s’improvise pas au moment où survient la persécution, la controverse ou la solitude. Elle se prépare longtemps auparavant, souvent autour d’un feu de camp, dans une chapelle ou en accomplissant une tâche dont personne ne publiera la photographie.
Points essentiels
Environ 1 800 membres des Scouts d’Europe achèvent leur rassemblement à l’abbaye de Randol.
L’événement met en valeur la formation, la responsabilité et la vie communautaire.
La loi sur l’aide à mourir demeure le sujet catholique français le plus couvert par la presse généraliste.
La transmission chrétienne ne peut cependant être réduite à la réaction politique.
Une délégation vaticane arrive le 22 juillet pour préparer la visite de Léon XIV.
Saint Victor de Marseille rappelle que la fidélité se construit avant d’être mise à l’épreuve.
Sources
Famille Chrétienne, reportage sur le rassemblement des Scouts d’Europe à Randol.
Église catholique en France, notice de saint Victor de Marseille.
Ground News, suivi de la couverture de la loi française sur l’aide à mourir.
La Vie, sélection des festivals et universités d’été chrétiens.
France Catholique, articles consacrés au pèlerinage traditionnel de La Salette.
Aleteia, préparation de la visite de Léon XIV en France.
Pour aller plus loin
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Le scoutisme reste-t-il l’un des meilleurs lieux de transmission chrétienne en France ?
L’Église consacre-t-elle trop d’énergie à réagir aux débats politiques et pas assez à former durablement les jeunes ?
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