Catholicisme français : quand les églises deviennent des refuges

 


Face aux incendies, aux évacuations et aux fortes chaleurs, les évêques invitent les paroisses à ouvrir concrètement leurs portes. La fête de Marthe, Marie et Lazare rappelle qu’accueillir, écouter et servir appartiennent au cœur de la foi.




English summary

As wildfires, severe heat and violent weather affect several parts of France, the French bishops are calling Catholic communities to practical solidarity. Churches can provide cool shelter, while parish halls may host displaced families and emergency workers. On the feast of Saints Martha, Mary and Lazarus, the crisis reminds French Catholicism that hospitality is not merely a charitable activity but a central expression of Christian faith.



Saints du jour : Marthe, Marie et Lazare, une maison ouverte au Christ

Depuis 2021, le calendrier romain réunit le 29 juillet sainte Marthe, sainte Marie et saint Lazare. Les trois frère et sœurs de Béthanie apparaissent dans les Évangiles comme des proches de Jésus.

Marthe accueille et sert. Marie écoute la parole du Seigneur. Lazare, rappelé à la vie, devient le signe de la puissance du Christ sur la mort. Leur maison représente ainsi plusieurs dimensions complémentaires de la vie chrétienne : l’hospitalité, la contemplation, l’amitié et l’espérance.

La tradition provençale raconte que Marthe, Marie et Lazare auraient gagné les rivages de la Gaule après avoir quitté la Palestine. Cette tradition ne constitue pas une certitude historique, mais elle a profondément marqué les pèlerinages, la toponymie et la spiritualité du sud de la France.

En ce 29 juillet, leur fête prend un relief particulier. Alors que des milliers de personnes doivent quitter leur domicile ou cherchent simplement un lieu où supporter la chaleur, la maison de Béthanie cesse d’être une pieuse image. Elle devient un programme paroissial.

  Éphéméride : 29 juillet 1917, le Sacré-Cœur interdit dans les armées


Le 29 juillet 1917, le ministre de la Guerre Paul Painlevé réaffirme l’obligation d’une stricte neutralité religieuse dans les armées françaises. Depuis plusieurs mois, des insignes, fanions et bannières du Sacré-Cœur circulent parmi les soldats, tandis que certains officiers envisagent de consacrer officiellement leur unité au Sacré-Cœur. Painlevé estime qu’une telle initiative porterait atteinte à la liberté de conscience des combattants et à la neutralité religieuse de l’État. Il rappelle donc l’interdiction des emblèmes religieux apparents sur les uniformes et les bannières militaires. Cette décision montre que l’Union sacrée de 1914 n’avait pas effacé les tensions entre la République laïque et le catholicisme français.

Un appel des évêques au milieu des catastrophes

La Conférence des évêques de France vient d’adresser un appel à la solidarité face aux incendies, aux épisodes de grêle et aux fortes chaleurs qui frappent plusieurs territoires.

Selon le bilan présenté par la CEF au 28 juillet, près de 100 000 hectares auraient été parcourus par les flammes depuis le début de l’été et environ 170 000 personnes auraient dû être déplacées. Des habitations et des espaces forestiers ont été détruits. Des pompiers ont été grièvement blessés et plusieurs sont morts au cours des interventions. Ces chiffres, publiés pendant une crise encore évolutive, devront naturellement être consolidés par les autorités compétentes.

Les évêques expriment leur proximité avec les familles endeuillées, les personnes évacuées, les agriculteurs touchés par la grêle, les habitants ayant perdu leur logement et les personnels engagés contre les flammes.

Mais leur message ne s’arrête pas à la compassion.

Ils demandent aux catholiques de prendre part aux initiatives de solidarité organisées localement. Lorsque les conditions de sécurité le permettent, les églises sont invitées à rester ouvertes afin de servir de lieux de fraîcheur. Les salles paroissiales peuvent également accueillir des personnes déplacées ou soutenir les dispositifs mis en place par les communes et les associations.

L’église comme bâtiment réellement public

Dans de nombreuses communes, l’église demeure l’un des rares bâtiments anciens naturellement frais, accessible au centre du village ou du quartier.

Elle est parfois regardée comme un patrimoine sous-utilisé, ouvert seulement quelques heures par semaine pour la messe, des obsèques ou une visite touristique. La canicule lui rend soudain une fonction très concrète.

Ouvrir une église ne consiste pas seulement à déverrouiller une porte. Il faut s’assurer de l’accessibilité, de la présence de bénévoles, de l’existence d’un point d’eau, de la sécurité des personnes et de la coordination avec la mairie ou les services de secours.

Toutes les églises ne pourront donc pas devenir des refuges. Certaines sont isolées, fragiles, difficiles d’accès ou dépourvues d’équipements sanitaires. Mais beaucoup peuvent offrir quelques heures de repos, un banc, du silence et une température plus supportable.

L’image possède aussi une force spirituelle : une Église ouverte au milieu d’une catastrophe dit davantage qu’un communiqué sur l’accueil.

Des réponses locales déjà engagées

Dans les Landes, l’église de Biscarrosse a été ouverte à des personnes évacuées. Dans le Var, les sanctuaires de Cotignac ont dû être évacués préventivement avant d’être déclarés hors de danger. En Corse, le couvent Saint-François du Niolu a accueilli des personnels engagés dans la lutte contre les incendies.

D’autres diocèses ont diffusé des intentions de prière pour les pompiers et organisé des collectes ou des relais auprès des associations. Ces initiatives restent différentes selon les moyens et les besoins locaux, mais elles traduisent une même logique : la paroisse ne doit pas attendre la fin de la crise pour se demander à quoi elle peut servir.

Le rôle d’une communauté chrétienne ne consiste évidemment pas à se substituer à la Sécurité civile, aux services de santé ou aux collectivités.

Elle peut cependant fournir des locaux, des bénévoles, des repas, des vêtements, des possibilités d’hébergement et une attention particulière aux personnes que les dispositifs administratifs atteignent difficilement.

Les personnes âgées vivant seules, les malades, les personnes handicapées et celles qui ne maîtrisent pas bien le français sont particulièrement exposées pendant les évacuations ou les épisodes de chaleur extrême.

Offrir un verre d’eau sans transformer la charité en spectacle

Le communiqué des évêques évoque les gestes les plus simples : prendre des nouvelles d’un voisin, proposer de l’eau, accompagner une personne isolée ou ouvrir un espace frais.

Cette simplicité mérite d’être soulignée.

La charité chrétienne ne commence pas nécessairement par la création d’une structure nationale ou par une photographie montrant un responsable distribuant des bouteilles. Elle commence souvent lorsqu’une personne repère celle qui risque de rester seule.

Il existe toutefois un danger : transformer la solidarité en communication religieuse.

Une paroisse n’accueille pas une famille évacuée pour lui faire remplir un bulletin d’inscription au catéchuménat. Elle l’accueille parce qu’elle en a besoin. Le témoignage chrétien se trouve précisément dans cette gratuité.

À Béthanie, Marthe ne demande pas à Jésus de justifier sa présence avant de lui préparer une place. Elle l’accueille.

De la réaction d’urgence à la préparation permanente

Les vagues de chaleur, les incendies et les phénomènes météorologiques violents ne peuvent plus être considérés comme des accidents entièrement exceptionnels.

Les paroisses devraient donc intégrer ces risques dans leur fonctionnement ordinaire.

Un inventaire pourrait être réalisé avec les municipalités : quelles salles disposent d’eau, de sanitaires, d’un accès pour les personnes à mobilité réduite et d’une température acceptable ? Quels bénévoles peuvent être mobilisés rapidement ? Quels bâtiments pourraient héberger temporairement des familles ou des personnels de secours ?

Cette organisation ne demanderait pas nécessairement des dépenses considérables. Elle exigerait surtout que les paroisses sortent d’une logique exclusivement cultuelle.

Le patrimoine religieux représente un réseau territorial exceptionnel. Même dans des communes où la pratique catholique est faible, l’église et la salle paroissiale demeurent souvent présentes.

Les utiliser en cas de crise ne détourne pas ces bâtiments de leur vocation. Accueillir les personnes éprouvées appartient à cette vocation.

Une écologie qui ne se limite pas aux déclarations

Le catholicisme français parle depuis plusieurs années d’écologie intégrale, notamment à la suite de l’encyclique Laudato si’.

Les catastrophes de cet été obligent à traduire cette réflexion dans les pratiques.

Il ne suffit plus d’organiser une conférence sur le climat dans une salle mal isolée. Les diocèses doivent réfléchir à l’entretien des terrains, à la prévention des incendies autour de leurs propriétés, à la rénovation thermique des bâtiments et à la disponibilité de leurs locaux pendant les épisodes extrêmes.

Les monastères, sanctuaires, maisons diocésaines et établissements scolaires catholiques possèdent parfois des espaces capables d’accueillir temporairement des sinistrés. Leur mobilisation doit néanmoins être préparée avec les autorités, les assurances et les professionnels de la sécurité.

L’hospitalité évangélique n’interdit pas la prudence. Elle demande au contraire une organisation qui permette d’accueillir sans mettre les personnes en danger.

Les différentes sensibilités catholiques devant la même urgence

Les courants du catholicisme français ne mettent pas toujours l’accent sur les mêmes sujets.

Les catholiques sociaux insisteront sur les populations vulnérables et les conséquences inégales du changement climatique. Les sensibilités conservatrices rappelleront le devoir personnel de charité et la responsabilité des communautés locales. Les milieux traditionnels pourront mobiliser leurs réseaux familiaux et paroissiaux. Les communautés charismatiques apporteront leur culture de la proximité, de la prière et du soutien fraternel.

Aucune de ces approches ne suffit isolément.

La crise offre précisément l’occasion de dépasser les oppositions habituelles. Une personne évacuée ne demande pas si la salle qui l’accueille dépend d’une paroisse progressiste, classique ou charismatique. Elle demande où elle peut dormir et quand elle pourra rentrer chez elle.

L’unité de l’Église se construit parfois moins dans les débats institutionnels que lorsqu’il faut installer ensemble des lits de camp.

Marthe et Marie ne sont pas adversaires

L’épisode évangélique de Marthe et Marie a parfois été présenté comme une opposition entre l’action et la contemplation.

La fête commune du 29 juillet invite à dépasser cette lecture simpliste.

Marthe sert, Marie écoute et Lazare témoigne de la vie reçue. Une communauté chrétienne a besoin de ces trois dimensions.

Sans Marthe, l’accueil reste une intention. Sans Marie, l’action risque de devenir agitation ou recherche de reconnaissance. Sans Lazare, la communauté oublie que toute son activité repose sur une espérance plus grande que ses seules capacités.

Face aux incendies, l’Église doit prier pour les victimes, ouvrir ses bâtiments et se tenir auprès de ceux qui ont tout perdu.

La maison de Béthanie n’est pas seulement un souvenir évangélique. Elle est peut-être le modèle dont les paroisses françaises ont aujourd’hui besoin.

Points essentiels

  • La Conférence des évêques de France appelle les catholiques à participer aux actions de solidarité.

  • Les églises peuvent servir de refuges frais lorsqu’elles sont accessibles et sécurisées.

  • Les salles paroissiales peuvent accueillir des personnes déplacées en coordination avec les autorités.

  • Des diocèses et communautés ont déjà ouvert des bâtiments ou soutenu les équipes de secours.

  • Les personnes âgées, isolées, malades ou handicapées nécessitent une attention particulière.

  • La fête de Marthe, Marie et Lazare rappelle l’unité entre accueil, écoute et espérance.

  • Les paroisses devraient désormais préparer durablement leur réponse aux catastrophes climatiques.

Sources

  • Conférence des évêques de France, appel à la solidarité face aux incendies et aux intempéries, actualisé le 28 juillet 2026.

  • KTO, présentation de la mobilisation demandée aux paroisses et de l’ouverture des églises.

  • Tribune chrétienne, synthèse de l’appel épiscopal aux gestes concrets de solidarité.

  • AELF et Saint-Siège, fête liturgique de Marthe, Marie et Lazare.

  • TV5Monde, situation et fatigue des personnels engagés contre les incendies.

Pour aller plus loin

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Votre paroisse pourrait-elle accueillir des personnes pendant une canicule, une évacuation ou une catastrophe naturelle ?

Les bâtiments religieux devraient-ils être intégrés officiellement aux plans communaux de protection et d’hébergement ?

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