Curé d’Ars : la France ordonne encore des prêtres, mais elle doit réinventer le curé
Près de 2 000 pèlerins sont attendus à Ars pour célébrer saint Jean-Marie Vianney, tandis que les 84 ordinations de 2026 ne suffisent plus à maintenir partout le modèle paroissial hérité du siècle dernier.
English summary
Nearly 2,000 pilgrims are expected in Ars on 3 and 4 August 2026 to celebrate Saint John Vianney, the patron saint of parish priests. France will ordain 84 new priests this year, slightly fewer than in 2025, although the rise in young men entering the preparatory year offers some hope. The Church cannot simply ask fewer priests to administer ever-larger territories. The Curé of Ars invites Catholics to rediscover the priest as a man of prayer, reconciliation and personal presence, supported by communities that accept their own responsibilities.
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Saint du jour : saint Jean-Marie Vianney, le curé d’un village devenu sanctuaire
Jean-Marie Vianney naît en 1786 dans une famille paysanne de Dardilly, près de Lyon. Son enfance est marquée par la Révolution française et par une pratique religieuse parfois clandestine. Peu doué pour les études, il rencontre de grandes difficultés dans sa formation, mais parvient finalement à être ordonné prêtre. Après un premier ministère à Écully, il est envoyé en 1818 dans la petite paroisse d’Ars, qui ne compte alors que quelques centaines d’habitants.Il demeure à Ars jusqu’à sa mort, le 4 août 1859. Sa vie de prière, sa simplicité et surtout sa disponibilité au confessionnal attirent progressivement des foules considérables. Au cours des dernières années de son ministère, des dizaines de milliers de pèlerins viennent chaque année chercher auprès de lui une parole de réconciliation et de paix.
Jean-Marie Vianney ne fonde pas une école théologique ni un mouvement organisé. Il transforme une paroisse presque oubliée en devenant réellement présent à ceux qui lui sont confiés.
Ars accueille de nouveau les pèlerins
Les fêtes du Saint Curé se déroulent les 3 et 4 août 2026 à Ars-sur-Formans, sous la présidence de Mgr Olivier de Cagny, évêque d’Évreux. Le programme associe une messe pour les vocations, une procession aux flambeaux, une nuit d’adoration, la messe solennelle du 4 août, la procession du cœur du saint, une conférence et les vêpres.
Près de 2 000 pèlerins sont attendus cette année. Le père Rémi Griveaux, recteur du sanctuaire, souhaite notamment délivrer le Curé d’Ars de l’image d’un homme uniquement austère, triste et obsédé par le péché. Sa vie fut exigeante, mais elle était également traversée par la bonté, l’humour, l’accueil et une connaissance très fine des fragilités humaines.
Cette volonté de rendre à Jean-Marie Vianney son « vrai visage » est importante. Une caricature héroïque pourrait décourager les prêtres actuels davantage qu’elle ne les soutiendrait. Peu d’entre eux peuvent passer seize heures au confessionnal ou reproduire les pratiques ascétiques du XIXe siècle.
L’essentiel se trouve ailleurs : être disponible à Dieu et aux personnes, même lorsque les moyens humains paraissent limités.
Quatre-vingt-quatre ordinations en 2026
L’Église catholique en France annonce 84 ordinations sacerdotales en 2026, contre 90 en 2025 et 105 en 2024. Parmi les futurs prêtres, 66 relèvent des diocèses et 39 des congrégations ou communautés, certains étant comptabilisés dans les deux catégories en raison de leur mission diocésaine.
La diminution demeure légère, mais elle confirme que les ordinations ne compensent pas les décès et les départs des générations plus nombreuses. Certaines provinces restent relativement dynamiques. Paris compte 18 ordinations, Marseille 14 et Rennes 10. D’autres provinces n’en enregistrent qu’une ou deux.
Un signe plus encourageant apparaît cependant en amont. Les entrées en année de propédeutique, période de discernement précédant le séminaire, sont passées de 99 en 2023 à 145 en 2025. Cette hausse ne garantit pas autant d’ordinations futures, car le discernement peut légitimement conduire certains candidats vers une autre vocation. Elle montre néanmoins que l’hypothèse du sacerdoce n’a pas disparu de l’imagination des jeunes catholiques.
On ne remplacera pas le curé d’Ars par un administrateur itinérant
Dans de nombreux diocèses, un même prêtre dessert désormais plusieurs clochers, parfois répartis sur un territoire très vaste. Il célèbre les messes, accompagne les familles en deuil, prépare les sacrements, préside des réunions, gère des conflits et doit répondre à une quantité croissante de demandes administratives.
Le risque est de transformer le prêtre en responsable d’une circonscription religieuse.
Il passe alors beaucoup de temps en voiture, sur son téléphone ou devant des tableaux de planification, mais rencontre moins longuement les personnes. La paroisse subsiste juridiquement, tandis que la proximité qui lui donnait sa réalité humaine disparaît.
Jean-Marie Vianney ne fournit pas une solution technique aux regroupements paroissiaux. Il pose néanmoins une question décisive : à quoi sert un prêtre si son organisation ne lui permet plus d’écouter, de prier avec les fidèles et d’accompagner personnellement ceux qui souffrent ?
La confession, ministère oublié ou besoin contemporain ?
Le Curé d’Ars demeure particulièrement lié au sacrement de réconciliation. Les pèlerins venaient parfois de très loin pour se confesser auprès de lui. Il ne se contentait pas d’énumérer des règles. Il cherchait à conduire chacun vers la liberté et la miséricorde.
La confession est aujourd’hui beaucoup moins pratiquée dans les paroisses ordinaires. Pourtant, les sanctuaires, les communautés nouvelles et certains rassemblements de jeunes montrent qu’une demande subsiste lorsque le sacrement est proposé clairement et à des horaires accessibles.
La société contemporaine multiplie les lieux où l’on parle de soi : consultations, réseaux sociaux, podcasts, groupes de parole et accompagnements divers. Mais elle offre peu d’espaces où une faute peut être reconnue sans que la personne soit définitivement réduite à ce qu’elle a commis.
Le prêtre n’est pas un psychologue et la confession ne remplace pas les soins. Elle offre cependant ce que les dispositifs thérapeutiques n’ont pas pour fonction de donner : l’annonce sacramentelle du pardon de Dieu.
Les laïcs ne doivent pas seulement réclamer davantage de prêtres
La crise des vocations est souvent présentée comme un problème que les évêques, les séminaires ou les prêtres devraient résoudre.
Les communautés chrétiennes portent pourtant leur part de responsabilité.
Un curé épuisé par les finances, les travaux, les réservations de salles, les bulletins, les plannings et les tensions internes dispose de moins de temps pour sa mission propre. Beaucoup de tâches peuvent être accomplies par des laïcs compétents, à condition qu’ils acceptent une responsabilité durable et pas seulement l’expression d’un avis.
Partager les responsabilités ne signifie pas effacer la différence entre le sacerdoce ministériel et le sacerdoce commun des baptisés. Cela permet au contraire au prêtre d’être davantage prêtre, et aux laïcs d’être pleinement acteurs de la vie ecclésiale.
Une paroisse ne peut pas demander à son curé d’être le Curé d’Ars tout en lui confiant le travail d’un directeur administratif, d’un intendant immobilier et d’un organisateur d’événements.
Des prêtres venus d’ailleurs
La vitalité de nombreuses paroisses françaises dépend aujourd’hui de prêtres originaires d’Afrique, d’Asie, d’Europe orientale ou du Proche-Orient.
Leur présence constitue une richesse missionnaire. Elle rappelle que l’Église n’est pas une institution nationale fermée et que les anciennes terres de mission participent désormais à l’évangélisation de la France.
Mais leur accueil ne peut pas se réduire à combler des cases vides.
Ces prêtres doivent être accompagnés dans la découverte de la société française, des codes pastoraux, des institutions et parfois d’une culture très sécularisée. Les paroisses doivent également apprendre à recevoir leurs sensibilités spirituelles sans les considérer comme de simples remplaçants provisoires.
La fraternité sacerdotale devient alors essentielle. Un prêtre isolé dans une région qu’il connaît peu ne pourra pas durablement porter plusieurs communautés sans soutien humain.
Le Curé d’Ars n’était pas seul
La mémoire populaire retient Jean-Marie Vianney comme une figure presque solitaire face à Dieu et aux foules.
Son ministère reposait pourtant aussi sur des paroissiens, des collaborateurs, des bienfaiteurs, des religieuses et des personnes chargées de l’accueil des pèlerins. Ars devint progressivement un ensemble humain organisé autour de la mission du curé.
Le culte du prêtre héroïque peut être dangereux lorsqu’il conduit à négliger les limites humaines.
Un bon prêtre n’est pas celui qui ne dort plus, ne se repose jamais et accepte toutes les demandes. C’est celui qui donne sa vie avec fidélité tout en permettant à d’autres baptisés de prendre leur place.
La sainteté ne se mesure pas à l’épuisement.
Note culturelle : la procession du cœur
La procession du 4 août part du château d’Ars et conduit les pèlerins autour de la relique du cœur de Jean-Marie Vianney. Ce geste appartient à une longue tradition catholique de vénération des reliques. Le corps ou le cœur d’un saint n’est pas adoré. Il rappelle que la sainteté chrétienne s’est incarnée dans une existence humaine réelle.
Dans le cas du Curé d’Ars, le cœur prend évidemment une signification particulière. Il évoque l’homme qui accueillit pendant des années les inquiétudes, les fautes et les espérances de milliers de personnes.
La procession pourrait sembler étrangère à une culture contemporaine très rationnelle. Elle exprime pourtant une intuition simple : on ne transmet pas seulement une doctrine par des livres. Une vie donnée laisse aussi une mémoire sensible, attachée à un lieu, à un visage et à un corps.
Points essentiels
Les fêtes du Curé d’Ars se déroulent les 3 et 4 août 2026.
Près de 2 000 pèlerins sont attendus au sanctuaire.
La célébration comprend une messe pour les vocations, une nuit d’adoration et la procession du cœur.
La France compte 84 ordinations sacerdotales en 2026, contre 90 en 2025.
Les entrées en propédeutique ont progressé de 99 à 145 entre 2023 et 2025.
Le manque de prêtres oblige à repenser l’organisation des paroisses.
Les laïcs doivent assumer davantage de responsabilités concrètes.
Le prêtre doit pouvoir rester un homme de prière, de réconciliation et de présence, et non devenir seulement un administrateur itinérant.
Sources
Sanctuaire d’Ars et agenda territorial, programme des fêtes du Saint Curé des 3 et 4 août 2026.
RCF, présentation des fêtes et entretien avec le père Rémi Griveaux, recteur du sanctuaire.
Église catholique en France, biographie de saint Jean-Marie Vianney.
Aleteia, chiffres des ordinations et des entrées en propédeutique pour 2026.
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Le regroupement des paroisses permet-il encore aux prêtres de connaître réellement les fidèles ?
Quelles responsabilités les laïcs devraient-ils assumer afin de libérer les prêtres des tâches qui ne relèvent pas directement de leur ministère ?
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