Les évêques de France changent de voix
Un évêque et un laïc face aux médias
English summary
The French Bishops’ Conference has appointed two new spokespersons who will take office on 1 September 2026: Bishop Pierre-Antoine Bozo, coadjutor bishop of La Rochelle, and layman Amaury Guillem, deputy secretary general of the Bishops’ Conference in charge of communications. The decision comes less than a month before Pope Leo XIV’s visit to France and at a time when the Church is increasingly called upon to explain its positions on bioethics, end-of-life legislation, secularism, liturgy, sexual abuse and the changing face of French Catholicism. By choosing both a bishop and a lay communications professional, the Bishops’ Conference appears to be seeking a more identifiable, accessible and responsive public voice.
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Saint du jour : Augustin d’Hippone
Le 28 août, l’Église célèbre saint Augustin, évêque d’Hippone et docteur de l’Église.
Le rapprochement avec l’actualité du jour est assez heureux.
Augustin n’a évidemment jamais connu les conférences de presse, les chaînes d’information ou les réseaux sociaux. Mais il a passé une immense partie de sa vie à chercher comment annoncer intelligiblement la foi.
Prédicateur, polémiste, théologien et pasteur, il savait qu’une vérité mal expliquée peut devenir presque aussi incompréhensible qu’une vérité tue.
Seize siècles plus tard, c’est précisément l’un des problèmes auxquels l’Église de France est confrontée.
Deux nouveaux visages pour parler au nom des évêques
La Conférence des évêques de France a annoncé le 27 août la nomination de deux nouveaux porte-paroles.
Ils entreront en fonction le 1er septembre 2026.
Le premier est Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque coadjuteur de La Rochelle.
Le second est Amaury Guillem, secrétaire général adjoint de la CEF chargé de la communication.
La Conférence explique vouloir ainsi mieux porter la parole de l’Église auprès des catholiques et dans la société française.
La formule mérite qu’on s’y arrête.
Il ne s’agit donc pas simplement de répondre plus rapidement aux journalistes.
Il s’agit également de rendre davantage identifiable qui parle lorsque « l’Église de France » intervient dans un débat.
Pourquoi deux porte-paroles ?
Le choix du binôme est probablement le point le plus intéressant.
Un évêque.
Un laïc.
Ils ne possèdent évidemment ni le même rôle ni la même légitimité.
Mgr Bozo apporte celle d’un membre de l’épiscopat, théologien et membre du Conseil permanent de la CEF.
Amaury Guillem apporte une compétence professionnelle en communication et une connaissance directe du monde médiatique.
La CEF associe ainsi deux dimensions qui ne se confondent pas :
l’autorité ecclésiale et la compétence de communication.
Et ce n’est peut-être pas inutile.
Un bon théologien n’est pas automatiquement un bon communicant.
Et un excellent communicant ne possède pas automatiquement l’autorité nécessaire pour expliquer une position doctrinale.
Pierre-Antoine Bozo, l’évêque théologien
Mgr Pierre-Antoine Bozo est évêque de Limoges depuis 2017 et a été nommé en 2025 évêque coadjuteur de La Rochelle.
Il siège au Conseil permanent de la CEF depuis 2022, l’instance qui assure une partie du suivi de la Conférence entre ses assemblées plénières.
Son parcours est particulièrement intéressant pour une fonction de porte-parole.
Avant de devenir évêque, il a exercé plus de vingt ans dans le diocèse de Séez.
Il a été vicaire, aumônier de l’enseignement public et des étudiants, responsable des vocations et de la pastorale des jeunes.
Il a également enseigné pendant vingt ans au Centre d’études théologiques de Caen.
Et il connaît les séminaires
Mgr Bozo possède également une longue expérience de la formation sacerdotale.
Il a été vice-recteur puis recteur du séminaire interdiocésain Saint-Jean-Eudes de Caen.
Il est diplômé en droit et en théologie dogmatique et a étudié à l’Université pontificale grégorienne de Rome.
La CEF rappelle également qu’il a été son évêque référent pour les mouvements de scoutisme catholique.
Cela lui donne un profil assez large :
théologie,
jeunesse,
vocations,
enseignement,
gouvernement diocésain,
scoutisme.
Autrement dit, pas seulement un spécialiste des relations publiques.
Un Marseillais à la communication de la CEF
Le profil d’Amaury Guillem est presque inverse.
Il n’est ni prêtre ni théologien de métier.
Depuis novembre 2025, il est secrétaire général adjoint de la CEF chargé de la communication et pilote déjà sa stratégie institutionnelle et ses relations avec les médias.
Originaire de Marseille, il a auparavant dirigé la communication du diocèse de Marseille.
Il a également travaillé comme journaliste à Marseille, Paris et Bayonne.
Voilà donc quelqu’un qui connaît les deux côtés de la porte :
celui qui téléphone pour obtenir une réponse,
et celui à qui l’on téléphone pour l’obtenir.
Du Rocher à KTO
Son parcours est aussi marqué par l’engagement associatif.
Amaury Guillem a travaillé au sein du Rocher, association catholique d’éducation populaire implantée notamment dans des quartiers populaires.
Il y a été responsable d’antenne, puis chargé de la communication et de la collecte de fonds.
Il collabore également avec le monde de l’édition et anime sur KTO et KTO Radio une émission consacrée à la doctrine sociale de l’Église.
La CEF choisit donc pour son second porte-parole un laïc qui connaît à la fois :
l’institution ecclésiale,
les médias,
le terrain associatif,
et la doctrine sociale.
Pourquoi maintenant ?
Le calendrier explique probablement une partie de l’urgence.
Léon XIV doit venir en France du 25 au 28 septembre 2026.
Son voyage comportera cinq grandes étapes : l’UNESCO, Paris, Saint-Denis, Lourdes et Metz.
Pour l’Église de France, l’événement sera considérable.
Des centaines de journalistes suivront le voyage.
Chaque geste du pape sera commenté.
Ses propos sur la France, la laïcité, l’Europe, la pauvreté, la liturgie ou les questions de société seront immédiatement interprétés politiquement.
Il faudra donc pouvoir expliquer rapidement :
ce que le pape a réellement dit,
ce qu’il n’a pas dit,
ce qui relève de Rome,
et ce qui relève des évêques français.
Un mois particulièrement chargé
Mais la visite pontificale n’explique pas tout.
L’Église française intervient actuellement dans des dossiers extrêmement sensibles.
La bioéthique.
La fin de vie.
Les violences sexuelles et spirituelles.
Les relations avec l’État.
La laïcité.
La liturgie traditionnelle.
L’accueil des nouveaux baptisés.
Les tensions internes entre sensibilités catholiques.
Sans oublier la croissance spectaculaire du catéchuménat.
Dans ces domaines, une phrase mal formulée peut devenir en quelques heures un titre repris partout.
La communication de l’Église n’est donc plus seulement une question technique.
Elle est devenue presque une question pastorale.
Qui parle au nom de l’Église ?
Le problème est cependant plus complexe qu’il n’y paraît.
Car « l’Église de France » n’est pas une administration centralisée.
La CEF n’est pas le gouvernement des diocèses français.
Chaque évêque possède une autorité propre dans son diocèse.
Un évêque peut donc prendre position personnellement sans que son propos devienne automatiquement la position collective de tous les évêques de France.
De même, la CEF ne remplace ni le pape ni le magistère universel.
Le rôle d’un porte-parole est donc délicat.
Il doit parler clairement sans donner l’impression que toute parole catholique française sort d’un ministère parisien.
CEF, évêque, Vatican : trois niveaux souvent confondus
Dans le débat médiatique, ces distinctions disparaissent fréquemment.
On entend :
« L’Église dit que… »
Mais qui ?
Le pape ?
Un dicastère romain ?
La Conférence des évêques ?
Un évêque ?
Un prêtre ?
Une association catholique ?
Un éditorialiste ?
Ces paroles peuvent toutes être catholiques sans avoir exactement la même autorité.
L’une des tâches les plus utiles des nouveaux porte-paroles pourrait donc être simplement de rétablir les niveaux.
Dire :
voici la doctrine de l’Église.
Voici la position prise collectivement par les évêques français.
Voici l’opinion d’un évêque.
Et voici ce sur quoi l’Église laisse légitimement place au débat.
Parler plus vite sans parler trop vite
Le rythme médiatique constitue un autre problème.
Une polémique apparaît à 8 heures.
Les journalistes demandent une réaction à 9 heures.
À midi, l’absence de réaction devient elle-même une information.
À 15 heures, la polémique s’est parfois déjà déplacée ailleurs.
L’Église, elle, fonctionne avec des évêques, des conseils, des diocèses et parfois Rome.
Le temps ecclésial et le temps de X ou des chaînes d’information ne sont manifestement pas identiques.
Le défi sera donc de devenir plus réactif sans devenir impulsif.
Car une institution qui parle trop tard semble absente.
Mais une institution qui parle trop vite peut passer plusieurs jours à expliquer ce qu’elle voulait réellement dire.
Le problème du langage catholique
Il existe également un obstacle culturel.
L’Église possède son vocabulaire.
Magistère.
Synodalité.
Discernement.
Subsidiarité.
Dignité de la personne.
Bien commun.
Communion ecclésiale.
Pour un catholique formé, ces mots possèdent un sens relativement précis.
Pour beaucoup de Français, ils ne signifient presque rien.
Or le rôle d’un porte-parole ne peut pas être de supprimer le vocabulaire catholique.
Il doit plutôt être capable de le traduire sans le trahir.
Voilà probablement le plus difficile.
Simplifier n’est pas diluer
Prenons un exemple.
La doctrine catholique sur la fin de vie est complexe.
Elle refuse à la fois :
l’euthanasie,
et l’acharnement thérapeutique.
Elle admet l’arrêt de traitements devenus disproportionnés.
Elle valorise les soins palliatifs.
Elle accepte les traitements contre la douleur même lorsqu’ils peuvent indirectement raccourcir la vie sous certaines conditions morales bien définies.
Essayer de résumer tout cela par :
« l’Église est contre »
produit une caricature.
Mais noyer la réponse sous quinze paragraphes techniques produit également un échec.
Le véritable travail consiste à rester précis en quelques phrases compréhensibles.
Une Église plus présente médiatiquement ?
La nomination de porte-paroles pose cependant une autre question.
L’Église doit-elle davantage occuper les médias ?
Pas nécessairement sur tout.
Une conférence épiscopale qui commenterait quotidiennement chaque polémique politique deviendrait rapidement un acteur partisan parmi les autres.
Elle perdrait probablement une partie de sa liberté.
Mais l’excès inverse existe aussi.
Lorsque l’Église possède quelque chose de spécifique à dire sur :
la dignité humaine,
la pauvreté,
la famille,
la paix,
la liberté religieuse,
la bioéthique,
ou la justice sociale,
son silence peut laisser croire qu’elle n’a plus rien à proposer.
Un porte-parole ne remplace pas un évêque dans son diocèse
Il faudra également éviter que cette nouvelle visibilité parisienne produise un effet paradoxal.
La parole catholique ne doit pas se réduire à celle de la CEF.
La France compte des diocèses extrêmement différents.
Paris n’est pas Marseille.
Marseille n’est pas Quimper.
Quimper n’est pas Strasbourg.
Et les questions pastorales ne sont pas identiques partout.
Une communication nationale efficace devrait donc rendre l’Église plus compréhensible sans effacer cette diversité.
Unité ne signifie pas uniformité médiatique.
Les laïcs deviennent aussi des visages publics de l’Église
La nomination d’Amaury Guillem possède enfin une dimension ecclésiologique intéressante.
Le porte-parolat n’est pas réservé à un prêtre.
Un laïc peut représenter publiquement une institution épiscopale dans son domaine de compétence.
Ce n’est évidemment pas une confusion des ministères.
Amaury Guillem ne devient pas évêque par conférence de presse.
Mais cela montre que certaines fonctions ecclésiales n’ont aucune raison d’être artificiellement cléricalisées.
La théologie appartient aux théologiens compétents.
Le gouvernement pastoral aux évêques.
Et la communication peut parfaitement mobiliser des professionnels laïcs.
Saint Augustin aurait probablement compris le problème
Augustin savait à quel point les mots sont dangereux.
Il a passé sa vie à préciser des concepts qui avaient parfois quelques lettres de différence et des conséquences théologiques immenses.
Mais il fut également un prédicateur populaire.
Ses sermons montrent qu’il savait abandonner le langage du traité lorsque les fidèles étaient devant lui.
C’est précisément la tension que devra affronter le nouveau porte-parolat :
ne pas transformer la foi en slogan, mais ne pas parler comme un traité universitaire à quelqu’un qui demande une réponse en trente secondes.
À un mois de Léon XIV, premier test grandeur nature
Le nouveau dispositif commencera le 1er septembre.
Trois semaines plus tard, le pape sera en France.
Il sera difficile d’imaginer exercice plus rapide.
Paris.
Saint-Denis.
Lourdes.
Metz.
UNESCO.
Messes publiques.
Discours.
Rencontres politiques et ecclésiales.
Chaque journée produira une masse considérable d’informations.
Le nouveau binôme n’aura donc guère le temps de s’installer tranquillement.
Communiquer n’est pas évangéliser, mais cela peut empêcher quelques malentendus
Il ne faudrait cependant pas demander à la communication ce qu’elle ne peut pas donner.
Une stratégie médiatique ne crée pas la foi.
Un excellent communiqué de presse ne remplace ni une paroisse vivante, ni un prêtre, ni la liturgie, ni la charité.
L’Église ne se reconstruira pas grâce à quelques bons passages sur BFMTV.
Mais une communication médiocre peut créer des obstacles inutiles.
Elle peut faire croire que l’Église enseigne ce qu’elle n’enseigne pas.
Ou transformer une nuance en contradiction.
Ou laisser d’autres définir constamment à sa place ce qu’elle pense.
Le porte-parolat ne fera donc pas la mission.
Mais il peut parfois dégager le chemin devant elle.
Note culturelle : qu’est-ce que la Conférence des évêques de France ?
La CEF réunit les évêques et cardinaux exerçant une charge pastorale en France, ainsi que certains évêques des territoires concernés par ses statuts.
Elle permet aux évêques de travailler ensemble sur des questions communes.
Elle possède notamment une Assemblée plénière, un Conseil permanent, un secrétariat général et différents conseils et commissions.
Mais il faut conserver une distinction importante :
la Conférence épiscopale ne remplace pas l’évêque diocésain.
L’Église catholique n’est donc ni une fédération totalement indépendante de diocèses, ni une administration française dirigée depuis le siège de la CEF.
Elle fonctionne simultanément à plusieurs niveaux :
Rome,
les conférences épiscopales,
les diocèses,
les paroisses.
Ce qui explique parfois pourquoi son organisation paraît légèrement mystérieuse à ceux qui la regardent de l’extérieur.
Points essentiels
La CEF vient de nommer deux nouveaux porte-paroles.
Ils prendront leurs fonctions le 1er septembre 2026.
Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque coadjuteur de La Rochelle, représentera la dimension épiscopale.
Il est membre du Conseil permanent de la CEF depuis 2022 et possède une importante expérience pastorale, théologique et de formation sacerdotale.
Amaury Guillem, laïc, est secrétaire général adjoint de la CEF chargé de la communication.
Ancien journaliste et ancien responsable de la communication du diocèse de Marseille, il connaît également l’engagement associatif catholique et les médias.
La nomination intervient moins d’un mois avant le voyage de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre.
Le pape passera notamment par l’UNESCO, Paris, Saint-Denis, Lourdes et Metz.
Le nouveau porte-parolat devra rendre plus identifiable la parole collective des évêques sans supprimer la diversité des diocèses.
Le 28 août est également la fête de saint Augustin, l’un des grands maîtres chrétiens de la prédication et de la transmission de la foi.
Sources
Deux nominations pour le porte-parolat de la Conférence des évêques de France
Le communiqué officiel de la CEF présentant Mgr Pierre-Antoine Bozo et Amaury Guillem.
Venue de Léon XIV : programme du voyage en France
Le voyage du 25 au 28 septembre et ses cinq principales étapes.
Pour aller plus loin
Conférence des évêques de France : mieux connaître son fonctionnement
Pour comprendre ce que peut décider collectivement la CEF et ce qui demeure de la responsabilité propre de chaque évêque.
Léon XIV en France : programme, prière et préparation du voyage
Le premier grand événement médiatique que devront accompagner les nouveaux porte-paroles.
Saint Augustin, évêque et docteur de l’Église
Les textes liturgiques de la fête célébrée ce 28 août.
Commenter
L’Église de France doit-elle davantage prendre la parole dans les médias, ou risque-t-elle de devenir une institution commentant en permanence l’actualité ?
Et le choix d’un binôme composé d’un évêque et d’un laïc vous paraît-il une bonne manière de rendre sa parole plus claire ?
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