Saint Jean Eudes : le cœur sans renoncer à l’action

 

Prier, former, secourir





English summary

On 19 August, the French Catholic Church celebrates Saint John Eudes, one of the great figures of the French School of Spirituality. A missionary, preacher and founder, he cared for plague victims, worked for the formation of priests and created an institute devoted to women in distress. He also played a pioneering role in the liturgical devotion to the Hearts of Jesus and Mary. His life shows that Catholic doctrine, worship and practical charity were never meant to be opposing choices.


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Jean Eudes, Eudistes, École française de spiritualité, Sacré-Cœur, Cœur de Marie, séminaires, missions, charité, prêtres, Normandie, réforme catholique


Saint du jour : Jean Eudes, le missionnaire du cœur

Le 19 août, l’Église célèbre saint Jean Eudes, mort à Caen ce même jour en 1680.

Né en Normandie en 1601, il appartient à la seconde génération de la grande réforme catholique française du XVIIe siècle. Bérulle, François de Sales et Vincent de Paul avaient posé plusieurs fondations spirituelles et pastorales. Jean Eudes va chercher à les faire entrer profondément dans la vie du peuple chrétien.

Il sera prêtre, prédicateur, missionnaire, fondateur, formateur du clergé et promoteur de la dévotion liturgique aux Cœurs de Jésus et de Marie.

Autrement dit : un homme de contemplation qui avait beaucoup de mal à rester assis.


Quand la doctrine descend dans les campagnes

Jean Eudes est d’abord un homme de missions paroissiales.

La Conférence des évêques de France lui attribue près de 115 missions entre 1632 et 1675, principalement en Normandie et en Bretagne, mais aussi en Bourgogne et jusque devant la cour.

Ces missions durent plusieurs semaines.

On prêche.

On confesse.

On catéchise.

On tente de réconcilier des familles.

On rappelle les fondements de la foi à des populations dont la formation religieuse est parfois extrêmement pauvre.

Jean Eudes ne considère donc pas que la réforme de l’Église puisse se limiter à produire de meilleurs textes.

Encore faut-il que quelqu’un aille les expliquer.


« Au feu, Messieurs les docteurs ! »

Une formule attribuée à Jean Eudes résume assez bien son tempérament.

Il reproche à ceux qui restent à discuter dans les institutions savantes de ne pas aller suffisamment sur le terrain :

« Au feu, Messieurs les docteurs ! »

La formule rapportée par la Conférence des évêques traduit son impatience missionnaire.

La théologie est nécessaire.

Mais si le village brûle spirituellement, il faut peut-être interrompre quelques instants la discussion sur la meilleure manière de tenir le seau.

Jean Eudes n’est donc nullement anti-intellectuel. Il écrira beaucoup et consacrera une part considérable de son œuvre à la formation.

Il refuse simplement une doctrine qui ne rencontrerait jamais personne.


Pendant la peste, il ne part pas

Cette logique apparaît particulièrement lors des épidémies.

La notice de l’Église catholique en France rappelle que Jean Eudes reste auprès des malades lorsque survient la peste, allant jusqu’à vivre temporairement à l’écart afin de ne pas contaminer sa communauté.

L’épisode est révélateur.

La charité n’est pas ici un supplément ajouté à une spiritualité très doctrinale.

Elle en est la conséquence.

Si le Christ est réellement présent au centre de la vie chrétienne, on ne peut pas simplement abandonner les malades lorsque leur présence devient dangereuse.

Chez Jean Eudes, la contemplation du Cœur du Christ finit donc très concrètement au chevet d’un pestiféré.


Former de meilleurs prêtres

Jean Eudes constate également l’insuffisance de la formation d’une partie du clergé.

En 1643, après avoir quitté l’Oratoire, il fonde à Caen la Congrégation de Jésus et Marie, dont les membres prendront le nom d’Eudistes.

La nouvelle congrégation se consacre notamment aux missions et à la formation sacerdotale. Jean Eudes sera sollicité pour établir des séminaires en Normandie et en Bretagne.

Lorsqu’il meurt, les Eudistes dirigent six séminaires.

Le raisonnement est simple :

si l’on veut des paroisses vivantes, il faut des prêtres formés.

Et si l’on veut des prêtres formés, il ne suffit pas de leur apprendre comment administrer une institution.

Il faut aussi former leur intelligence, leur prière et leur manière de vivre.


Les femmes en détresse ne restent pas hors du tableau

Jean Eudes ne s’intéresse pas seulement au clergé.

Il fonde également l’œuvre qui deviendra Notre-Dame de Charité, destinée notamment à accueillir des femmes en grande difficulté, en particulier celles que la société de l’époque désignait comme « filles repenties ».

Le vocabulaire du XVIIe siècle n’est naturellement plus le nôtre.

Mais l’intuition mérite d’être conservée : une personne ne doit pas être définitivement identifiée à son passé.

Le missionnaire qui parle fortement de conversion doit aussi fournir un endroit où recommencer.

Sans cela, la morale devient particulièrement confortable pour celui qui la proclame et particulièrement lourde pour celui qui doit reconstruire sa vie.


Vérité et charité ne sont pas deux partis

Jean Eudes est particulièrement intéressant aujourd’hui parce qu’il échappe aux séparations politiques contemporaines.

Il veut une doctrine solide.

Il veut de meilleurs prêtres.

Il veut convertir les pécheurs.

Il développe une spiritualité exigeante.

Et simultanément, il soigne les malades, prêche dans les campagnes et organise l’accueil de femmes rejetées par la société.

À ses yeux, il n’y aurait probablement aucune raison de choisir entre ces dimensions.

La vérité sans charité devient sèche.

La charité coupée de toute vérité finit par ne plus savoir vers quoi elle accompagne la personne.

Le catholicisme classique cherchait précisément à tenir ensemble les deux.


Du Cœur de Marie au Cœur de Jésus

Jean Eudes entre surtout dans l’histoire spirituelle par son rôle dans les dévotions aux Cœurs de Jésus et de Marie.

En 1648, il fait célébrer à Autun une première fête liturgique du Cœur de Marie.

En 1672, les communautés eudistes célèbrent une fête liturgique du Cœur de Jésus.

Cela précède la grande diffusion du culte du Sacré-Cœur liée à sainte Marguerite-Marie Alacoque.

Lors de sa canonisation en 1925, Jean Eudes sera d’ailleurs présenté comme « père, docteur et apôtre des cultes liturgiques des Cœurs de Jésus et de Marie ».

Chez lui, le cœur n’est pas d’abord le symbole moderne de l’émotion.

Il désigne le centre profond de la personne.

Parler du Cœur du Christ signifie contempler l’amour même du Christ et demander que cet amour transforme le cœur humain.


Une spiritualité profondément baptismale

La spiritualité eudiste ne s’adresse pas seulement aux prêtres.

La Conférence des évêques souligne son caractère baptismal : Jean Eudes veut que la vie du Christ se poursuive dans chaque chrétien, homme ou femme.

C’est un point important.

La grande spiritualité française du XVIIe siècle est parfois réduite à une théologie très sacerdotale.

Jean Eudes rappelle pourtant que le chrétien devient disciple du Christ d’abord par son baptême.

Le prêtre a une mission particulière.

Mais la sainteté n’est pas réservée au clergé.


Un héritier de Bérulle qui va davantage dans la rue

Jean Eudes appartient pleinement à l’École française de spiritualité.

Mais il possède son propre tempérament.

Chez Pierre de Bérulle domine souvent la contemplation du mystère de l’Incarnation et de la grandeur du Christ.

Jean Eudes reçoit cet héritage et le transforme en mouvement missionnaire extrêmement concret.

Il traverse les campagnes.

Il organise des missions.

Il fonde des séminaires.

Il s’occupe des malades.

Il crée des communautés.

On pourrait dire qu’il fait descendre l’École française de spiritualité du traité théologique jusque sur la place du village.


Les Eudistes aujourd’hui

La congrégation issue de Jean Eudes existe toujours.

La Province de France indique que les Eudistes sont actuellement présents dans 19 pays sur quatre continents, poursuivant notamment des missions de formation, d’éducation et d’accompagnement ecclésial.

Leur site international rappelle également qu’une procédure visant à faire reconnaître Jean Eudes comme docteur de l’Église a été engagée par sa famille spirituelle.

La demande est cohérente avec la place qu’il occupe dans l’histoire de la spiritualité du Cœur.

Mais qu’il reçoive ou non un jour ce titre, son héritage dépasse déjà largement sa congrégation.


Note culturelle : le Cœur avant le cœur romantique

Lorsque le XVIIe siècle catholique parle du « cœur », il ne faut pas immédiatement imaginer le petit cœur rouge de nos messages numériques.

Le mot possède une densité biblique.

Le cœur est le lieu du choix.

De la mémoire.

Du désir.

De la relation à Dieu.

Le culte du Cœur de Jésus veut donc dire bien davantage : entrer dans l’amour, la volonté et la miséricorde du Christ.

Jean Eudes ne cherche pas à rendre le christianisme sentimental.

Il cherche à faire en sorte que la foi quitte la surface pour atteindre le centre de la personne.


Points essentiels

  • Saint Jean Eudes est fêté le 19 août, jour anniversaire de sa mort à Caen en 1680.

  • Il appartient à la seconde génération de l’École française de spiritualité.

  • Il mène près de 115 missions entre 1632 et 1675.

  • Il reste auprès des malades pendant les épidémies.

  • Il fonde en 1643 la Congrégation de Jésus et Marie, les Eudistes.

  • Il travaille particulièrement à la formation des prêtres.

  • Il fonde également une œuvre destinée aux femmes en difficulté.

  • Il joue un rôle pionnier dans les cultes liturgiques des Cœurs de Marie et de Jésus.

  • Son parcours montre que doctrine, prière, mission et charité peuvent former un seul projet chrétien.

  • Les Eudistes sont aujourd’hui présents dans 19 pays.

Pour aller plus loin 


Sources

Conférence des évêques de France, notices consacrées à saint Jean Eudes et à sa spiritualité.

Congrégation de Jésus et Marie, Province de France, biographie et héritage de saint Jean Eudes.

Congrégation internationale des Eudistes, travaux contemporains autour de l’héritage de Jean Eudes et de sa cause de doctorat.


Commenter

Le catholicisme français a-t-il trop souvent séparé ce que Jean Eudes tenait ensemble : doctrine, liturgie et charité ?

La formation des prêtres devrait-elle retrouver une place aussi centrale dans la réforme de l’Église ?

Et la spiritualité des Cœurs de Jésus et de Marie peut-elle encore parler à notre époque ?



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