Saint Louis, le roi saint qui veille encore sur la France
Roi, justicier, croisé et serviteur des pauvres : huit siècles après sa mort, Louis IX demeure l’une des grandes figures spirituelles de la nation française.
English Summary
Saint Louis IX of France (1214–1270) remains one of the most powerful spiritual figures in French history. King, lawgiver, crusader and protector of the poor, he sought to make Christian justice the principle of his government. Canonized in 1297, Louis became the model of the Christian ruler and a lasting protector of France in popular and religious memory. He is not formally the sole patron saint of France, but his feast on 25 August offers an opportunity to pray for the country, its rulers, its unity and the common good.
Points importants
Louis IX, né en 1214, règne sur la France de 1226 à 1270.
Sa mère, Blanche de Castille, joue un rôle essentiel dans son éducation chrétienne et pendant sa minorité.
Il conçoit la royauté comme une charge reçue de Dieu et ordonnée à la justice.
La tradition a particulièrement retenu son souci des pauvres et de l’exercice personnel de la justice.
Il fait édifier la Sainte-Chapelle à Paris pour accueillir les reliques de la Passion acquises par la monarchie française.
Il conduit les septième et huitième croisades.
Il meurt près de Tunis le 25 août 1270.
Le pape Boniface VIII le canonise en 1297.
Saint Louis devient progressivement le modèle français du prince chrétien.
Il peut être invoqué comme protecteur de la France, même s’il ne faut pas le présenter comme l’unique patron canonique du pays.
Le 25 août, la France fête l’un de ses rois
Il existe peu de pays qui puissent célébrer l’un de leurs anciens chefs d’État à l’autel.
La France le peut.
Chaque 25 août, l’Église catholique célèbre Louis IX, roi de France, mort devant Tunis en 1270 et canonisé vingt-sept ans plus tard.
Il n’est pas seulement un roi devenu saint après avoir abandonné le pouvoir pour entrer dans un monastère.
Il est devenu saint en étant roi.
C’est ce qui rend son cas extraordinaire.
Louis IX gouverne, rend la justice, négocie avec les puissances étrangères, réforme son administration, conduit des armées et assume les responsabilités parfois terribles du gouvernement médiéval.
Sa sainteté est donc inséparable de sa conception du pouvoir.
Pour lui, régner n’est pas posséder la France.
C’est en répondre.
Un enfant élevé pour régner chrétiennement
Louis naît à Poissy en 1214.
Il n’a que douze ans lorsqu’il devient roi à la mort de son père Louis VIII, en 1226.
Sa mère, Blanche de Castille, exerce alors la régence.
Son influence religieuse sur le jeune souverain est considérable.
Une phrase traditionnellement attribuée à Blanche résume l’idéal dans lequel Louis aurait été élevé : elle préférerait le voir mort plutôt que coupable d’un péché mortel.
Que la formule nous soit parvenue exactement ou qu’elle ait été embellie par la mémoire hagiographique importe moins que ce qu’elle révèle de l'image construite autour du roi.
Louis apprend que la couronne n’est pas une dispense morale.
Elle impose au contraire des obligations supplémentaires.
Le roi sous le chêne
L’image est entrée dans la mémoire nationale.
Saint Louis rendrait justice sous un chêne à Vincennes.
Joinville, son compagnon et biographe, raconte effectivement que le roi s’asseyait après la messe dans le bois de Vincennes et écoutait directement ceux qui venaient lui soumettre leurs affaires.
L’image fut ensuite magnifiée.
Mais elle exprime quelque chose de réel dans la conception louisienne du pouvoir :
la justice constitue l’une des premières obligations du roi.
Louis IX cherche à mieux organiser les recours à la justice royale et à limiter certaines pratiques féodales violentes.
Cela ne fait évidemment pas de la France du XIIIᵉ siècle un État de droit moderne.
Mais le règne participe au renforcement d’une idée essentielle : au-dessus des intérêts particuliers doit exister une justice commune dont le souverain est responsable.
Être puissant oblige
Voilà peut-être ce qui rend Saint Louis encore intéressant huit siècles plus tard.
Dans notre conception contemporaine, le pouvoir est principalement encadré par les institutions, la Constitution et le droit.
Saint Louis appartient à un autre univers.
Mais il ajoute quelque chose que les institutions seules ne peuvent produire :
celui qui détient davantage de pouvoir possède davantage de devoirs.
Le roi ne peut pas simplement demander :
« Ai-je juridiquement le droit de le faire ? »
Il doit également se demander :
« Est-ce juste ? »
Cette distinction entre légalité et justice conserve une étonnante actualité.
Le roi des pauvres
Louis IX manifeste également une attention personnelle aux pauvres.
Les récits contemporains et hagiographiques insistent sur les distributions d’aumônes, les repas offerts aux nécessiteux, les fondations hospitalières et l’assistance aux malades.
Il lui arrive de servir lui-même des pauvres.
Naturellement, il faut éviter de transformer le XIIIᵉ siècle en programme moderne de protection sociale.
La pauvreté demeure immense.
Mais la conception chrétienne du gouvernement implique que le pauvre ne soit pas considéré comme extérieur à la communauté politique.
Le souverain possède également des obligations envers celui qui ne peut rien lui offrir en retour.
C’est probablement l’une des dimensions les plus universelles de son héritage.
La Sainte-Chapelle : quand Paris devient une nouvelle Jérusalem
Saint Louis laisse également à la France l’un des plus extraordinaires monuments du Moyen Âge.
La Sainte-Chapelle, consacrée en 1248 au cœur du palais royal de Paris, est destinée à conserver les reliques de la Passion acquises par Louis IX, en particulier la Couronne d’épines.
Le bâtiment exprime presque toute la théologie politique du règne.
La royauté française se place symboliquement sous le signe de la Passion du Christ.
La puissance royale ne doit donc pas seulement être glorieuse.
Elle doit être confrontée au modèle d’un Dieu couronné d’épines.
Le contraste est immense.
Et volontaire.
Saint Louis et les croisades
Impossible cependant de transformer Louis IX en souverain consensuel du XXIᵉ siècle.
Il appartient pleinement au XIIIᵉ siècle.
Sa foi le conduit notamment à participer aux croisades.
En 1248, il part pour l’Égypte lors de la septième croisade.
L’expédition tourne au désastre.
Louis est capturé en 1250 avant d’être libéré contre rançon.
Il reste ensuite plusieurs années en Terre sainte.
Vingt ans plus tard, il repart.
La huitième croisade prend la direction de Tunis.
Une épidémie frappe l’armée.
Louis IX tombe malade et meurt le 25 août 1270.
La tradition rapporte qu’il serait mort en prononçant le nom de Jérusalem.
Un saint qu’il faut regarder dans son siècle
Célébrer Saint Louis ne nécessite pas de prétendre que toutes ses décisions correspondraient à nos critères contemporains.
Son règne comporte aussi des aspects aujourd’hui profondément problématiques, notamment certaines mesures prises contre les juifs et la conception médiévale de l’unité religieuse du royaume.
L’histoire sérieuse oblige à tenir ensemble les deux dimensions.
On peut reconnaître la profondeur de sa spiritualité, son souci de justice et son attention aux pauvres sans transformer le XIIIᵉ siècle en âge d’or.
La sainteté catholique ne signifie d’ailleurs pas qu’un homme ait possédé nos catégories politiques huit siècles avant nous.
Elle affirme que sa vie fut orientée de manière héroïque vers Dieu.
Le testament d’un père à son fils
Parmi les textes associés à Saint Louis, les enseignements adressés à son fils occupent une place particulière.
Le roi y développe une conception profondément morale du gouvernement.
Il recommande notamment à son héritier d’aimer Dieu, de protéger les pauvres, de rendre justice sans favoritisme et de préférer le bien à l’intérêt personnel.
On y trouve une conception exigeante de l'autorité :
le souverain sera jugé sur la manière dont il aura exercé son pouvoir.
Le roi n’est donc pas la source ultime du bien et du mal.
Il existe au-dessus de lui une loi morale.
1297 : un roi de France sur les autels
Louis IX est canonisé par le pape Boniface VIII le 11 août 1297.
Moins de trente ans se sont écoulés depuis sa mort.
La canonisation dépasse rapidement la personne du souverain.
Saint Louis devient un modèle dynastique.
Les Capétiens peuvent désormais compter un saint parmi leurs ancêtres.
Son prestige se diffuse dans toute l'Europe.
Des églises, paroisses, villes et institutions prennent son nom.
Et son prénom devient l’un des grands prénoms de la monarchie française.
Est-il le saint patron de la France ?
Il faut ici être précis.
Saint Louis peut parfaitement être considéré comme un grand protecteur céleste de la France, mais il n’est pas l’unique patron national officiel.
La tradition catholique française accorde une place particulière à la Vierge Marie, notamment depuis le vœu de Louis XIII.
Sainte Jeanne d’Arc et sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus sont reconnues comme patronnes secondaires de la France.
D’autres saints possèdent également une dimension nationale considérable : saint Martin, saint Denis, sainte Geneviève, saint Remi...
Saint Louis occupe une place différente.
Il est peut-être avant tout le saint du gouvernement chrétien de la France.
Jeanne d’Arc et Saint Louis : deux protections complémentaires
On pourrait presque résumer leur place symbolique ainsi :
Jeanne d’Arc représente la France qu’il faut sauver.
Saint Louis représente la France qu’il faut gouverner justement.
Jeanne apparaît lorsque le royaume semble perdu.
Louis représente l’idéal du souverain une fois le royaume gouverné.
L’une incarne le sacrifice patriotique.
L’autre la responsabilité politique.
Tous deux associent pourtant étroitement service de Dieu et service du royaume.
Que demander aujourd’hui à Saint Louis ?
La France de 2026 n’est évidemment plus celle de 1270.
Elle est une République.
L’État est laïque.
La société est pluraliste.
Invoquer Saint Louis ne signifie donc pas demander au XIIIᵉ siècle de revenir.
Une prière catholique à Saint Louis pour la France peut demander quelque chose de beaucoup plus essentiel :
des gouvernants justes ;
des magistrats indépendants ;
le souci des pauvres ;
la paix civile ;
le courage de servir le bien commun ;
la protection des enfants et des faibles ;
la capacité de préférer la vérité à la popularité.
Autrement dit, ce qui demeure lorsque les institutions changent.
Saint Louis, protecteur des gouvernants
Saint Louis pourrait d’ailleurs être invoqué non seulement pour la France mais particulièrement pour ceux qui la gouvernent.
Président de la République, Premier ministre, ministres, parlementaires, maires, magistrats : leurs fonctions sont évidemment étrangères à la monarchie capétienne.
Mais la question morale est identique :
que faites-vous du pouvoir qui vous a été confié ?
Le message de Saint Louis traverse précisément les régimes politiques.
Le pouvoir n’est jamais uniquement un privilège.
Il est une responsabilité.
Prière à Saint Louis pour la France
Saint Louis, roi de France,
toi qui voulus placer la justice au-dessus de ta puissance,
veille sur notre pays.Obtiens à la France la paix et la concorde,
la fidélité à la vérité,
le souci des pauvres et la protection des plus faibles.Éclaire ceux qui nous gouvernent,
soutiens ceux qui rendent la justice,
fortifie ceux qui servent le bien commun.Apprends-nous à aimer notre patrie sans mépriser aucune autre nation,
à conserver ce qui mérite d’être transmis
et à réparer courageusement ce qui doit l’être.Que la France n’oublie jamais que la grandeur
n’est pas seulement affaire de puissance,
mais aussi de justice, de service et de charité.Saint Louis, priez pour la France.
Amen.
Conclusion
Saint Louis appartient à un monde disparu.
La féodalité, la monarchie sacrale et les croisades appartiennent à l’histoire.
Mais la question fondamentale de son règne n’a pas vieilli :
à quoi sert le pouvoir ?
Louis IX répondait : à rendre justice, maintenir la paix, protéger les faibles et conduire ceux dont on porte la responsabilité vers le bien.
C’est pourquoi le 25 août peut être davantage que la commémoration pittoresque d’un roi médiéval.
Il peut devenir une journée de prière pour la France.
Non pour demander que la France redevienne celle de 1270.
Mais pour qu’elle retrouve quelque chose dont aucune Constitution ne peut garantir à elle seule la présence :
des hommes capables de considérer le pouvoir comme un service.
Saint Louis n’est peut-être pas l’unique patron de la France.
Mais parmi les saints auxquels un Français peut confier son pays, peu peuvent dire aussi littéralement que lui :
« J’en ai moi-même porté la charge. »
La note culturelle
Le prénom Louis est devenu indissociable de la monarchie française en grande partie grâce au prestige de Louis IX.
Après sa canonisation, les souverains portant ce prénom s’inscrivent symboliquement dans sa continuité.
Son souvenir dépasse d’ailleurs largement la France : Saint-Louis du Sénégal, Saint Louis dans le Missouri, de nombreuses villes, églises et institutions à travers le monde portent son nom.
En France, le 25 août fut longtemps une fête possédant naturellement une dimension à la fois religieuse et dynastique.
Sources
Jean de Joinville, Vie de Saint Louis.
Guillaume de Saint-Pathus, Vie de Saint Louis.
Bibliothèque nationale de France — dossiers et manuscrits consacrés à Louis IX.
Centre des monuments nationaux — histoire de la Sainte-Chapelle.
Église catholique en France — notices liturgiques et hagiographiques sur saint Louis.
Jacques Le Goff, Saint Louis, Gallimard, 1996.
Jean Richard, Saint Louis, roi d’une France féodale, soutien de la Terre sainte, Fayard.
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Et vous ?
Saint Louis peut-il encore servir de modèle politique dans une France républicaine et laïque ?
Et parmi les grandes figures spirituelles françaises — Saint Louis, Jeanne d’Arc, saint Martin, sainte Geneviève ou sainte Thérèse de Lisieux — laquelle incarne le mieux, selon vous, la protection de la France ?
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