Santos 2026 : 2 500 jeunes catholiques attendus à Montmartre
La génération qui revient
English summary
Around 2,500 young Catholic professionals from across France are expected at the Basilica of the Sacred Heart of Montmartre from 28 to 30 August for the fourth Santos Festival, organised by the national 25-35 network of the French Bishops’ Conference. Prayer, Mass, conferences, workshops, music and informal gatherings will address some of the questions currently reshaping French Catholicism: the unprecedented rise in adult baptisms, secularisation, artificial intelligence, work, end-of-life issues, poverty, ecological conversion, Church unity and evangelisation through social media. More than a summer festival, Santos offers a revealing portrait of a generation that is more explicitly Catholic, socially diverse and willing to discuss doctrinal as well as contemporary questions.
Saint du jour : Césaire d’Arles
Le 26 août, l’Église de France fait mémoire de saint Césaire d’Arles, évêque de la fin de l’Antiquité, grand prédicateur et organisateur de l’Église des Gaules.
Le rapprochement avec l’actualité du jour est presque amusant.
Césaire voulait que les chrétiens soient formés, comprennent les Écritures et puissent transmettre leur foi dans une société qui changeait profondément.
Quinze siècles plus tard, 2 500 jeunes actifs s’apprêtent à monter à Montmartre pour discuter exactement de cette question :
comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus ?
2 500 jeunes actifs sur la Butte
Du vendredi 28 au dimanche 30 août 2026, environ 2 500 jeunes professionnels âgés principalement de 25 à 35 ans sont attendus au Sacré-Cœur de Montmartre.
Ils viendront de toute la France pour participer à la quatrième édition du Festival Santos.
L’événement est porté par le Réseau national Santos des 25-35 ans, lui-même rattaché à la Conférence des évêques de France.
L’équipe nationale rassemble une trentaine de jeunes professionnels engagés tout au long de l’année et anime un réseau recensant plus de 400 initiatives et groupes de jeunes pros en France.
On est donc assez loin d’un simple festival parisien.
Santos cherche progressivement à constituer un réseau national pour cette génération située entre les aumôneries étudiantes et la vie paroissiale familiale.
Le trou pastoral des 25-35 ans
C’est justement une tranche d’âge longtemps difficile à saisir pour les paroisses.
À 18 ans, il existe les aumôneries étudiantes.
Plus tard viennent souvent le mariage, les enfants, le catéchisme et une nouvelle insertion paroissiale.
Entre les deux s’étend parfois une sorte de désert pastoral.
Premier emploi.
Mutation dans une nouvelle ville.
Célibat plus long.
Horaires professionnels.
Éloignement de la famille.
Recherche d’une vocation.
Questions affectives.
Les groupes de jeunes professionnels sont précisément apparus pour éviter que la vie chrétienne ne s’interrompe au moment de l’entrée dans le monde du travail.
Santos tente désormais de fédérer ces initiatives.
Prière, conférences... et guinguette
Le programme assume volontairement le mélange.
Messes.
Veillées.
Louange.
Adoration.
Confessions.
Mais également conférences, ateliers, sport, concerts, Open Air, Talent Show, village d’initiatives et guinguette dans les jardins du Sacré-Cœur.
Le vendredi soir doit notamment être marqué par une grande veillée de prière et de miséricorde dans la basilique.
Le samedi comportera louange et intercession.
Le dimanche s’achèvera par la messe de clôture.
Cette manière d’associer très naturellement liturgie et convivialité constitue désormais l’une des caractéristiques des grands rassemblements de jeunes catholiques.
On peut adorer le Saint-Sacrement à 22 heures et retrouver une guinguette ensuite sans considérer qu’il faut choisir entre les deux.
« Une paix désarmée et désarmante »
L’édition 2026 aura pour thème la paix.
Les organisateurs reprennent les mots employés par Léon XIV dès son élection :
« une paix désarmée et désarmante ».
La formule doit servir de fil rouge aux trois journées : paix reçue de Dieu, paix intérieure, réconciliation entre personnes mais aussi responsabilité chrétienne dans un monde traversé par les conflits.
Le choix n’est évidemment pas neutre quelques semaines avant le premier voyage de Léon XIV en France.
Les jeunes de Santos se retrouveront à Montmartre fin août.
Le pape sera lui-même en France du 25 au 28 septembre.
L’été et la rentrée catholiques françaises sont donc fortement marqués par la jeunesse et par Rome.
Le programme dit beaucoup de l’Église qui vient
Mais le plus intéressant est peut-être de regarder les titres des conférences.
Ils constituent presque un sondage grandeur nature des préoccupations de cette génération catholique.
On parlera :
du boom des catéchumènes ;
de la modernité et de la vie intérieure ;
de l’intelligence artificielle ;
du travail et du burn-out ;
de l’écologie ;
de la pauvreté ;
de l’homosexualité ;
de la place des femmes ;
de la fin de vie ;
du capitalisme ;
des réseaux sociaux ;
des divisions liturgiques et idéologiques dans l’Église ;
et même de cette question très directe :
« Comment être chrétien dans une France qui ne l’est plus ? »
Le programme officiel ne cherche donc manifestement pas à protéger les participants derrière une bulle catholique confortable.
21 000 nouveaux baptisés changent la donne
Une conférence possède une importance particulière :
« Boom des catéchumènes : comment accompagner ce renouveau ? »
Ce n’est plus seulement une impression.
En 2026, la Conférence des évêques de France recense 13 234 adultes appelés au baptême et plus de 8 100 adolescents.
Au total, plus de 21 380 adolescents et adultes doivent recevoir le baptême dans l’année.
Chez les adultes, la hausse atteint 28 % en un an.
Et leur nombre a plus que triplé depuis 2016.
Santos se situe donc au milieu d’un phénomène beaucoup plus large.
La question n’est déjà plus seulement :
« Pourquoi les jeunes reviennent-ils ? »
Elle devient :
« Qu’allons-nous faire avec tous ceux qui arrivent ? »
Le défi commence après le baptême
C’est probablement la question la plus importante.
Un baptême spectaculaire à Pâques produit une belle photographie.
Mais ensuite ?
Le nouveau baptisé doit trouver une paroisse.
Des amis chrétiens.
Une formation.
Une vie sacramentelle.
Une communauté où il ne soit pas simplement accueilli pendant six mois avant de disparaître dans la nature.
La CEF reconnaît elle-même que l’augmentation des demandes oblige les diocèses à repenser l’accompagnement des néophytes.
C’est précisément là qu’un réseau comme Santos peut devenir important.
Les nouveaux chrétiens âgés de 25 ou 30 ans n’ont pas seulement besoin d’un cours de catéchisme.
Ils ont besoin d’un milieu chrétien dans lequel vivre leur foi.
Ce ne sont pas principalement TikTok et Instagram qui convertissent
Autre donnée intéressante : le réveil catholique des jeunes n’est pas aussi numérique qu’on pourrait le croire.
Dans l’enquête 2026 de la CEF, réalisée auprès de catéchumènes, 40 % disent qu’une épreuve personnelle a joué un rôle déclencheur dans leur démarche.
Un tiers évoque une expérience spirituelle forte.
En revanche, seulement 11 % attribuent leur demande de baptême à l’influence de contenus ou d’influenceurs sur les réseaux sociaux.
Les réseaux rendent la foi visible.
Ils peuvent ouvrir une porte.
Mais ils ne semblent pas être le moteur principal.
Derrière la conversion apparaissent beaucoup plus souvent la mort, la maladie, une rencontre, une expérience intérieure ou une interrogation sur le sens de l’existence.
Pourtant, l’évangélisation numérique arrive à Santos
Le festival ne dédaigne évidemment pas Internet pour autant.
Une table ronde demandera :
« Évangéliser par les médias : mission ou illusion ? »
La journaliste Céline Hoyeau et Jonathan Langlois, fondateur des Lueurs, doivent notamment réfléchir au rôle d’Instagram, TikTok et YouTube dans la transmission du christianisme.
Le problème est bien posé :
les médias catholiques évangélisent-ils réellement des personnes éloignées de l’Église ?
Ou parlent-ils principalement à des catholiques qui se suivent entre eux ?
La question mérite d’être posée à une époque où quelques figures catholiques accumulent des centaines de milliers d’abonnés sans que cela permette toujours de savoir quel effet ces audiences ont sur la pratique réelle.
La question liturgique n’est pas escamotée
Autre signe intéressant : le festival ne fait pas comme si les fractures du catholicisme français n’existaient pas.
Une rencontre est explicitement consacrée à :
« Face à la polarisation, l’unité de l’Église est-elle encore possible ? »
Le descriptif mentionne les sensibilités liturgiques, les débats de société, les fractures idéologiques et l’archipélisation du catholicisme.
Autrement dit, Santos reconnaît que l’unité ne consiste pas simplement à demander à tout le monde de cesser de parler des sujets qui fâchent.
C’est probablement une approche plus saine.
L’unité chrétienne ne consiste pas à supprimer les désaccords.
Elle consiste à empêcher ces désaccords de transformer chaque groupe en Église autonome.
Une conférence au titre assez remarquable
Le programme va encore plus loin :
« Quand l’enseignement de l’Église pose problème, comment réagir ? »
La question peut sembler étonnante dans un rassemblement organisé sous l’égide de la CEF.
Elle est justement intéressante.
Le programme propose de distinguer dogme, morale, enseignement et croyance, tout en cherchant comment vivre les difficultés d’adhésion sans rompre immédiatement la communion ecclésiale.
L’intervention est confiée à Don Jean-Rémi Lanavère, directeur des études de la Communauté Saint-Martin.
On est assez loin de l’idée selon laquelle la pastorale des jeunes devrait éviter la doctrine afin de ne pas les effrayer.
Les jeunes semblent au contraire demander à savoir exactement ce que l’Église enseigne.
Quitte à discuter ensuite.
Fin de vie : le débat français entre dans le festival
La situation politique française s’invite aussi directement à Montmartre.
Une table ronde sera consacrée à la fin de vie, avec notamment la médecin de soins palliatifs Claire Fourcade, Louis Bouffard, atteint d’une myopathie avancée, et le politologue Dominique Reynié.
La question posée dépasse l’affrontement partisan.
Quelle société voulons-nous pour les personnes dépendantes ?
Que signifie la dignité ?
Quelle place donner aux soins palliatifs ?
Le catholicisme des jeunes adultes ne se construit donc pas uniquement autour de la liturgie ou de la vie intérieure.
Les questions bioéthiques restent au centre de son rapport à la société française.
L’IA entre aussi au Sacré-Cœur
Même l’intelligence artificielle aura droit à sa conférence :
« Peut-il y avoir un déploiement chrétien de l’IA ? »
Travail, environnement, éducation, anthropologie et bien commun doivent être abordés.
Le choix est significatif.
Une génération de jeunes professionnels ne peut évidemment pas penser la doctrine sociale de l’Église uniquement à partir des problèmes industriels du XIXe siècle.
Elle travaille désormais avec des plateformes, des algorithmes et des intelligences artificielles.
Le catholicisme social doit donc lui aussi apprendre de nouveaux mots.
Et le capitalisme ?
Autre sujet qui aurait probablement beaucoup plu aux catholiques sociaux du XIXe siècle :
« L’esprit du capitalisme est-il compatible avec le christianisme ? »
L’économiste Pierre-Yves Gomez et la philosophe Thérèse du Sartel doivent y discuter de la richesse, de l’entreprise et du rapport évangélique à l’argent.
C’est intéressant parce que cette nouvelle génération catholique ne correspond pas parfaitement aux anciennes catégories politiques.
Elle peut être conservatrice sur la bioéthique.
Très critique envers la société de consommation.
Sensible à l’écologie.
Attachée à la liturgie.
Préoccupée par la pauvreté.
Entrepreneuse.
Et hostile au matérialisme.
Les vieux tableaux « catholique de droite » ou « catholique de gauche » deviennent parfois insuffisants.
Montmartre n’est pas un lieu neutre
Tout cela se passe au Sacré-Cœur.
Le choix possède évidemment une puissance symbolique.
La basilique est construite à partir de la fin du XIXe siècle et reste profondément liée à l’histoire religieuse française.
Depuis 1885, l’adoration eucharistique y est assurée sans interruption, hormis les adaptations imposées par des circonstances exceptionnelles.
Faire converger 2 500 jeunes actifs vers Montmartre revient donc à placer un catholicisme très contemporain dans l’un des lieux les plus chargés de mémoire catholique française.
Smartphones, intelligence artificielle et burn-out professionnel entrent dans une basilique née au XIXe siècle.
Cela résume assez bien la situation actuelle de l’Église.
Un catholicisme minoritaire, mais moins complexé
Il serait évidemment absurde de tirer d’un rassemblement de 2 500 personnes la conclusion que la France redevient catholique.
La pratique religieuse demeure très minoritaire.
Les baptêmes d’enfants ont fortement diminué sur plusieurs décennies.
Les vocations sacerdotales restent peu nombreuses.
Des milliers d’églises rurales peinent à maintenir une vie communautaire régulière.
Mais un autre phénomène devient parallèlement difficile à nier :
une partie de la jeune génération assume plus explicitement son catholicisme.
Elle se rassemble.
Elle demande les sacrements.
Elle organise des pèlerinages.
Elle crée des groupes.
Elle utilise les réseaux.
Et elle semble souvent moins gênée que ses parents ou grands-parents à dire publiquement :
« Je suis catholique. »
La véritable question : que deviendront-ils à 45 ans ?
Les grands rassemblements de jeunesse ont cependant toujours eu une faiblesse.
On y est jeune par définition.
Le véritable test arrivera dix ou vingt ans plus tard.
Ces participants deviendront-ils :
des paroissiens réguliers ?
des parents transmettant réellement la foi ?
des prêtres ou religieux ?
des diacres ?
des bénévoles ?
des responsables associatifs ?
des chrétiens présents dans leur métier et dans la cité ?
Ou Santos restera-t-il le souvenir sympathique d’un week-end de trente ans ?
Le renouvellement durable du catholicisme français se jouera probablement moins dans le nombre de festivaliers que dans la réponse à cette question.
Note culturelle : pourquoi « Santos » ?
Le nom signifie simplement « saints » en espagnol et en portugais.
Le choix résume assez bien l’ambition du réseau.
Il ne s’agit pas simplement de proposer un club social aux jeunes professionnels catholiques.
Le but affiché reste la sainteté vécue dans les réalités ordinaires :
travail,
relations,
engagement,
prière,
vie affective,
service des pauvres,
vie ecclésiale.
Une génération entrée dans le monde professionnel cherche ainsi à répondre à une question très ancienne :
comment devenir saint sans quitter le monde ?
Points essentiels
Le Festival Santos se déroule du 28 au 30 août 2026 au Sacré-Cœur de Montmartre.
Environ 2 500 jeunes professionnels de 25 à 35 ans sont attendus.
Il s’agit de la quatrième édition du rassemblement national.
Santos est porté par le réseau national 25-35 de la Conférence des évêques de France.
Le réseau recense plus de 400 initiatives en France.
Le thème 2026 est la paix, autour de la formule de Léon XIV : « une paix désarmée et désarmante ».
Plus de vingt conférences et une dizaine d’ateliers sont annoncés.
Le programme aborde notamment catéchuménat, IA, travail, écologie, fin de vie, pauvreté, unité de l’Église, doctrine et évangélisation numérique.
Plus de 21 380 adolescents et adultes doivent recevoir le baptême en France en 2026.
Chez les adultes, le nombre de futurs baptisés est passé de 4 124 en 2016 à 13 234 en 2026.
Le défi pour l’Église française n’est désormais plus seulement d’accueillir ces nouveaux chrétiens, mais de les accompagner durablement.
Sources
Festival Santos : le programme officiel 2026
Église catholique en France : le Festival Santos des jeunes pros à Montmartre
CORREF : 2 500 jeunes actifs attendus au Festival Santos
Église catholique en France : les baptêmes d’adultes et d’adolescents en 2026
Pour aller plus loin
Festival Santos 2026 : programme complet, conférences et ateliers
Du boom des catéchumènes à l’intelligence artificielle, tous les thèmes et intervenants de l’édition 2026.
Plus de 21 000 baptêmes d’adolescents et d’adultes en France en 2026
Les chiffres officiels de la Conférence des évêques de France permettent de mesurer l’ampleur réelle du phénomène.
D’où viennent les nouvelles demandes de baptême ?
Épreuves personnelles, expériences spirituelles, rencontres et réseaux sociaux : ce que révèle l’enquête menée auprès des catéchumènes en 2026.
Commenter
Le succès de Santos et la hausse des baptêmes annoncent-ils un véritable renouveau catholique en France, ou seulement la formation d’une minorité plus visible et plus pratiquante ?
Et surtout : l’Église saura-t-elle transformer ce réveil des 20-35 ans en communautés durables ?
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