Après l’INIRR, l’Église de France installe un dispositif permanent pour les victimes
De la réparation à l’accompagnement durable
✝️ Sainte du jour : sainte Reine d’Alise
La martyre d’Alésia
Le 7 septembre, l’Église fait mémoire de sainte Reine, traditionnellement considérée comme une jeune chrétienne martyrisée à Alésia, en Bourgogne, vers le milieu du IIIᵉ siècle.
Il faut toutefois distinguer l’histoire de la légende. Les récits détaillés de son martyre sont tardifs et leur valeur historique est faible. En revanche, son culte est attesté dès le Ve siècle à Alise-Sainte-Reine, où une basilique fut élevée au-dessus de son sarcophage.
Le lieu associe ainsi deux mémoires très différentes : celle de la défaite de Vercingétorix devant César et celle d’une ancienne tradition chrétienne bourguignonne.
📖 Résumé
Depuis le 1er septembre 2026, l’Église catholique en France dispose d’une nouvelle structure permanente pour accompagner les personnes victimes de violences sexuelles commises lorsqu’elles étaient mineures par des clercs ou des laïcs missionnés par un évêque.
L’Instance nationale indépendante d’accompagnement des victimes dans l’Église, ou INIAVE, succède à l’INIRR. Elle ne sera plus une commission temporaire : elle doit inscrire durablement dans le fonctionnement de l’Église de France l’écoute des victimes, les démarches restauratives et une forme de contribution financière.
Ce passage du provisoire au permanent constitue une évolution importante.
Une commission disparaît, mais le dispositif demeure
L’INIRR avait été créée à la fin de l’année 2021, après le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église.
Son mandat s’est officiellement achevé le 31 août 2026.
Mais cela ne signifie pas la fin des dispositifs d’accompagnement.
Depuis le lendemain, une nouvelle instance a pris le relais : l’INIAVE.
Sa différence essentielle tient dans un mot : permanente.
Les évêques de France ont donc fait le choix de ne plus considérer la réparation des conséquences des violences sexuelles comme une mission exceptionnelle appelée un jour à disparaître, mais comme une responsabilité durable de l’institution ecclésiale.
🕊️ Une logique de justice restaurative
L’INIAVE ne constitue pas un tribunal.
Elle ne doit ni déterminer pénalement la culpabilité d’un auteur, ni remplacer la justice civile, ni se substituer à la justice canonique.
Son domaine est celui de la justice restaurative.
Il peut s’agir d’aider une personne victime à obtenir une reconnaissance, à reconstruire son histoire, à entreprendre une démarche avec l’institution concernée ou à recevoir une contribution financière.
L’instance devra également constituer et superviser un réseau national d’accompagnateurs, établir leur formation, leur charte éthique et leurs règles d’intervention.
⚖️ Une indépendance qui devra se prouver
Le mot indépendante figure dans le nom même de l’organisme.
Sa présidence est confiée à Sophie Darbois, magistrate honoraire et ancienne conseillère à la Cour de cassation.
Le secrétariat général revient à Stéphane Jacquot, juriste spécialiste de la justice restaurative, tandis qu’Anne-Isabelle de Prin devient secrétaire générale adjointe.
L’organisation prévue comporte un élément intéressant : les accompagnateurs ne doivent pas rendre compte aux évêques, mais directement à l’instance nationale.
Il subsiste néanmoins une particularité inévitable : l’INIAVE sera financée par une cotisation obligatoire versée par l’ensemble des diocèses français.
Cela ne signifie pas que l’instance ne peut pas être indépendante.
Mais cela signifie que cette indépendance devra continuellement être démontrée par son fonctionnement.
📊 Ce que laisse l’INIRR
La nouvelle instance ne part pas de zéro.
À la fin de 2025, l’INIRR avait reçu 1 786 demandes. Environ 1 600 réponses avaient été apportées et plus de 1 200 personnes avaient bénéficié d’un accompagnement.
Les dossiers déjà ouverts ne sont d’ailleurs pas brutalement transférés : l’INIRR continuera encore plusieurs mois afin d’accompagner jusqu’au terme de leur démarche les personnes qui l’avaient saisie avant le 31 août.
Il y aura donc temporairement coexistence entre les deux structures.
🧱 Après le choc de la CIASE, l’institutionnalisation
C’est peut-être là que se trouve l’évolution la plus importante.
Au lendemain du rapport de la CIASE en 2021, l’Église de France avait réagi dans l’urgence :
commissions,
fonds,
instances indépendantes,
cellules diocésaines,
protocoles,
formations.
Cinq ans plus tard, la question change.
Il ne s’agit plus seulement de répondre à une crise.
Il faut déterminer ce qui doit devenir une composante normale et permanente de la vie institutionnelle de l’Église.
L’INIAVE matérialise cette transition.
🔎 Pourquoi cela compte
Pendant longtemps, les affaires d’abus furent traitées comme des dossiers ponctuels : un auteur, une victime, un diocèse.
La CIASE a au contraire révélé une dimension systémique.
La création d’une structure nationale permanente reconnaît implicitement que le problème ne peut plus être traité seulement lorsqu’un scandale éclate dans la presse.
La prévention, l’écoute et la réparation doivent désormais exister même lorsque les projecteurs médiatiques sont éteints.
C’est probablement l’un des changements les plus profonds provoqués par la crise des abus.
🩹 Réparer n’est pas juger
Une difficulté demeure cependant.
Le vocabulaire de la « restauration » peut parfois donner l’impression que toute blessure pourrait être réparée.
Or certaines conséquences ne disparaissent jamais complètement.
La justice restaurative ne doit donc pas devenir une manière d’éviter la justice ordinaire.
La CEF le précise elle-même : l’INIAVE ne remplace ni la justice de l’État ni la justice canonique. Seules celles-ci peuvent juridiquement qualifier les faits et condamner les auteurs vivants.
C’est une distinction essentielle.
Écouter n’est pas juger.
Reconnaître n’est pas condamner.
Accompagner n’est pas enquêter.
Ces missions peuvent se compléter, mais elles ne doivent jamais se confondre.
⛪ Une Église transformée par ses propres crises
Il serait probablement excessif d’affirmer que l’Église de France a définitivement réglé la question des violences sexuelles.
Les affaires récentes rappellent précisément le contraire.
Mais l’institution de 2026 n’est déjà plus celle de 2016.
Des mécanismes qui auraient semblé inimaginables il y a encore quinze ans deviennent progressivement ordinaires : présence de personnes victimes dans les groupes de travail, recours à des magistrats et juristes extérieurs, structures nationales indépendantes, contributions financières et obligation de rendre compte.
Cette évolution ne doit pas être regardée comme une faveur faite aux victimes.
Elle constitue simplement une exigence de justice.
✝️ Sainte Reine et la mémoire
Il existe finalement un lien inattendu avec la sainte de ce 7 septembre.
Nous ne savons presque rien historiquement de Reine d’Alise.
Mais pendant plus de quinze siècles, une communauté a conservé la mémoire d’une femme considérée comme victime de persécution.
La mémoire empêche certaines blessures de disparaître avec ceux qui les ont provoquées.
C’est aussi l’un des enjeux auxquels l’Église contemporaine est confrontée.
Une institution ne se réforme pas seulement en corrigeant ce qu’elle fera demain.
Elle doit également apprendre à regarder ce qu’elle a laissé faire hier.
✅ À retenir
L’INIAVE a commencé sa mission le 1er septembre 2026.
Elle succède à l’INIRR, dont le mandat s’est achevé le 31 août.
Contrairement à l’INIRR, la nouvelle structure est conçue comme permanente.
Elle accompagne les victimes de violences sexuelles commises lorsqu’elles étaient mineures par un clerc ou un laïc missionné par un évêque.
Elle s’appuie notamment sur la justice restaurative.
Elle maintient le principe d’une contribution financière.
Tous les diocèses français participeront à son financement.
Un groupe de personnes victimes doit être associé à son fonctionnement.
L’INIAVE ne remplace ni la justice pénale ni la justice canonique.
L’INIRR continuera temporairement à suivre les dossiers déjà engagés.
📚 Sources
Conférence des évêques de France, Instance nationale indépendante et permanente pour accompagner les personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église, 1er septembre 2026.
Conférence des évêques de France, FAQ consacrée à l’INIAVE.
Vatican News, L’Iniave, nouvelle structure pour accompagner les victimes d’abus dans l’Église de France, 1er septembre 2026.
Nominis, Sainte Reine, martyre à Alésia.
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Et comment garantir durablement l’indépendance d’une instance financée par les diocèses qu’elle est amenée à interpeller ?
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