Bétharram : à Lourdes, Léon XIV recevra des victimes, mais pas leur collectif
À Lourdes, le pape recevra des victimes, mais pas le collectif de Bétharram.
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English summary
During his visit to Lourdes on 27 September, Pope Leo XIV will privately meet victims of sexual abuse within the Catholic Church. However, no victims' association — including the main Bétharram collective — will be received as an official delegation. Church authorities say the Pope wants a personal encounter with a small and diverse group of survivors. The Bétharram collective, located only a few kilometres from Lourdes, has expressed deep disappointment, arguing that it hoped not merely to testify but to present concrete proposals for reform.
Le déplacement de Léon XIV à Lourdes, le dimanche 27 septembre 2026, comportera bien un geste particulièrement attendu : une rencontre privée avec des personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église.
Mais cette rencontre ne prendra pas la forme souhaitée par le principal collectif des victimes de Notre-Dame de Bétharram.
Vendredi 4 septembre, celui-ci a annoncé avoir appris que sa demande d’audience ne serait pas satisfaite. Il dit prendre acte de cette décision « avec consternation » et dénonce un symbole particulièrement douloureux : le pape se trouvera à Lourdes, à une quinzaine de kilomètres seulement de l’établissement où des générations d’élèves ont déclaré avoir subi violences physiques, psychologiques ou sexuelles.
Une rencontre avec les victimes avait bien été voulue par Léon XIV
Il faut cependant éviter un raccourci : Léon XIV n’a pas refusé de rencontrer des victimes d’abus.
Le programme officiel de son voyage en France mentionne explicitement, à Lourdes, une :
« Rencontre privée avec des personnes victimes de violences sexuelles ».
Le site officiel précise que cette rencontre s’inscrit dans le voyage apostolique du pape et que ses modalités demeurent volontairement discrètes.
Selon la Conférence des évêques de France, sept personnes devraient être reçues. La sélection vise à représenter différentes situations : hommes et femmes, personnes mineures ou majeures au moment des faits, violences commises dans des paroisses, des congrégations ou l’enseignement catholique, ainsi que différents territoires et différents types d’engagement associatif.
Il ne s’agit donc pas d’une rencontre exclusivement consacrée à Bétharram.
« Aucun collectif, ni de Bétharram ni d’ailleurs »
Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, a apporté le 4 septembre une précision essentielle.
Aucun collectif ne sera reçu en tant que collectif, qu’il s’agisse de celui de Bétharram ou d'une autre association de victimes.
L’évêque explique ce choix par le nombre très important de demandes reçues et par la volonté de préserver le caractère personnel de l’échange avec le pape. Une quarantaine de demandes auraient été formulées, dont une douzaine provenant de collectifs.
La décision n’équivaut donc pas formellement à écarter les victimes de Bétharram au profit d’autres victimes.
Interrogé sur la possibilité que d’anciens élèves de l’établissement figurent parmi les personnes retenues, Mgr Micas a même répondu que l’on pouvait le penser. Leur identité restera toutefois confidentielle afin de protéger les participants.
La distinction est importante : Bétharram pourrait être présent à travers certaines victimes, mais Bétharram ne sera pas reçu comme dossier collectif.
Une demande ancienne et volontairement institutionnelle
C’est précisément là que se situe le désaccord.
Le collectif conduit par Alain Esquerre, qui rassemble plus de 200 anciens élèves, ne demandait pas seulement à certains de ses membres de pouvoir raconter personnellement leur histoire au pape.
Sa démarche, formulée une première fois en juillet 2025 puis renouvelée le 22 mai 2026, se voulait collective.
Le groupe demandait quelques minutes d’audience, un temps de prière et de bénédiction et la possibilité de remettre à Léon XIV un document comportant cinq propositions concrètes concernant la prévention des violences, la formation du clergé, l’accompagnement des victimes et la responsabilité de l’institution.
Parmi les pistes rendues publiques figuraient notamment la reconnaissance de la responsabilité ecclésiale dans l’affaire de Bétharram, une formation obligatoire des prêtres et séminaristes intégrant la rencontre avec des victimes, ainsi qu’un accompagnement spécifique des prêtres agresseurs.
Le collectif avait même tenu à présenter sa démarche comme « ni polémique ni revendicative », mais comme une tentative de transformer l’expérience des victimes en propositions destinées à l’Église.
Deux conceptions de la rencontre
La controverse révèle finalement deux approches différentes.
Du côté des organisateurs du voyage pontifical, la priorité semble donnée à la personne victime : une réunion restreinte, confidentielle, permettant une véritable conversation avec Léon XIV et évitant de transformer quelques dizaines de minutes en succession de représentations associatives.
La CEF justifie ainsi le petit nombre de participants par une volonté de favoriser les échanges interpersonnels.
Du côté du collectif de Bétharram, la question est différente : les abus ne seraient pas seulement l'addition de drames personnels, mais révéleraient aussi des dysfonctionnements institutionnels qui nécessitent une réponse institutionnelle.
Alain Esquerre considère donc qu’écouter quelques histoires individuelles ne remplace pas la possibilité de présenter au pape une analyse et des propositions collectives.
C’est cette différence qui explique la violence de la réaction du groupe, qui parle désormais de « mépris institutionnel » et redoute que la dimension systémique des abus demeure reléguée à l’arrière-plan.
À Lourdes, une dimension symbolique difficile à éviter
Le lieu rend évidemment l’affaire plus sensible.
Bétharram se trouve à seulement une quinzaine de kilomètres de Lourdes. Et le sanctuaire marial est lui-même devenu ces dernières années l’un des lieux où l’Église française tente de réfléchir publiquement à la question des abus.
En juin dernier, Lourdes a notamment accueilli les derniers travaux de la mosaïque Renaissance, réalisée à partir de quelque 2 500 fragments envoyés par des victimes, des proches et des personnes engagées contre les violences sexuelles.
Plusieurs victimes de Bétharram avaient participé à cette démarche. Deux fragments doivent rester durablement au sanctuaire.
Lourdes est également confronté depuis plusieurs années à la question des œuvres de Marko Rupnik, accusé par de nombreuses femmes de violences sexuelles et d’abus spirituels. Mgr Micas avait fait recouvrir en 2025 certaines de ses mosaïques.
La rencontre du 27 septembre ne se déroulera donc pas dans un lieu indifférent à ces questions.
Un geste réel, mais une controverse qui accompagnera la visite
Il serait par conséquent excessif de présenter la décision comme un refus de Léon XIV d’entendre les victimes.
Le pape a lui-même souhaité qu’une rencontre avec elles figure dans son premier voyage apostolique en France, ce qui constitue en soi un geste significatif.
Mais il serait tout aussi réducteur de considérer la réaction du collectif de Bétharram comme une simple querelle de protocole.
Ses membres ne réclamaient pas seulement une photographie ou une bénédiction pontificale : ils souhaitaient faire reconnaître leur expérience collective et remettre directement au chef de l’Église un programme de propositions.
C’est finalement toute la difficulté de cette rencontre de Lourdes : comment écouter la souffrance irréductiblement personnelle des victimes sans évacuer les responsabilités et les réformes qui relèvent, elles, des institutions ?
Léon XIV rencontrera les premières.
Bétharram demande que les secondes soient également mises sur la table.
La visite du 27 septembre permettra peut-être de savoir jusqu’où le nouveau pontificat entend aller sur ces deux terrains.
En une phrase
Léon XIV recevra bien à Lourdes des victimes de violences sexuelles dans l’Église, possiblement certaines passées par Bétharram, mais aucun collectif ne sera officiellement reçu : une distinction destinée à privilégier la rencontre personnelle, mais douloureusement vécue par ceux qui réclamaient aussi une réponse institutionnelle.
Pour aller plus loin
Cette affaire devra être suivie au-delà de la polémique du 4 septembre : la composition exacte de la rencontre restera confidentielle, mais les participants pourront ensuite choisir eux-mêmes de parler ou non de leur entretien avec Léon XIV.
Il faudra surtout observer ce que le pape dira publiquement à Lourdes sur les abus, notamment lors de sa rencontre avec les évêques de France, prévue le même jour.
La question essentielle ne sera alors plus seulement de savoir qui aura rencontré le pape, mais quelles conséquences concrètes Léon XIV entend donner à cette écoute des victimes.
Sources
Programme officiel du voyage de Léon XIV en France, 25-28 septembre 2026.
Le Monde, 4 septembre 2026 — Le pape Léon XIV recevra à Lourdes des victimes de violences sexuelles dans l’Église, mais pas le collectif de l’affaire de Bétharram.
Le Parisien / AFP, 4 septembre 2026 — précisions de Mgr Jean-Marc Micas sur la rencontre de Lourdes.
AFP / Le Dauphiné libéré, 4 septembre 2026 — critères retenus pour les victimes et réaction du collectif.
Libération, 4 septembre 2026 — réaction d’Alain Esquerre et du collectif de Bétharram.
RTL, 22 mai 2026 — demande initiale d’audience et projet de propositions adressé au pape.
Conférence des évêques de France, dossier officiel consacré au voyage apostolique de Léon XIV.
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Une rencontre personnelle entre le pape et quelques victimes est-elle préférable à la réception officielle des collectifs ?
L’Église peut-elle traiter les abus uniquement par l’écoute individuelle, ou doit-elle aussi donner une place institutionnelle aux associations de victimes ?
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