De Louis XIII à Léon XIV : pourquoi la Vierge de Charles X trônait à la Concorde

 


Une statue de Notre-Dame chargée de deux siècles d’histoire





✝️ Summarium Latine

In Missa a Papa Leone XIV die XXVI Septembris MMXXVI in Foro Concordiae Parisiensi celebrata, conspicua fuit statua argentea Beatae Mariae Virginis cum Iesu Infante, quae « Virgo Caroli X » appellatur. Opus anno MDCCCXXVI ab aurifice Odiot confectum est et a rege Carolo X ecclesiae cathedralis Beatae Mariae Parisiensis donatum. Statua ad processiones mariales destinata erat, praesertim ad renovandum votum Ludovici XIII, quo rex anno MDCXXXVIII Galliam Mariae consecravit. Heri Leo XIV iam ante hanc imaginem in ecclesia cathedralis oraverat. Eius praesentia in Foro Concordiae coniunxit historiam monarchicam Franciae, devotionem Marianam, memoriam Beatae Mariae Parisiensis atque hodiernum iter apostolicum Pontificis.


Saints du jour : Côme et Damien, soigner gratuitement

Le 26 septembre, l’Église fait mémoire des saints Côme et Damien, martyrs des premiers siècles. La tradition les présente comme deux frères médecins qui soignaient sans demander d’argent, ce qui leur valut le surnom d’« anargyres », ceux qui ne prennent pas d’argent.

Leur mémoire accompagne assez heureusement cette journée parisienne de Léon XIV. Avant la grande messe de la Concorde, le pape a consacré sa matinée à la Maison Bakhita, lieu d’accueil et d’intégration des personnes migrantes, puis aux catéchumènes et nouveaux baptisés réunis à l’Institut catholique de Paris.


Une Vierge d’argent au milieu de la Concorde

Au milieu du vaste dispositif liturgique installé place de la Concorde pour la messe célébrée par Léon XIV, un objet attirait immédiatement le regard : une grande Vierge à l’Enfant en argent.

Il ne s’agissait ni d’un décor créé pour la visite pontificale ni d’une œuvre contemporaine.

Cette statue appartient au trésor de Notre-Dame de Paris. Connue sous le nom de Vierge à l’Enfant dite de Charles X, elle mesure 1,56 mètre de hauteur et fut réalisée en 1826 par la maison Odiot. La base officielle du ministère de la Culture confirme qu’elle est en argent et qu’elle fut donnée par Charles X.

La veille déjà, après les vêpres célébrées à Notre-Dame, Léon XIV avait prié devant cette même Vierge d’argent. Une photographie de l’AFP montre le pape recueilli devant elle dans la cathédrale restaurée.

Son déplacement jusqu’à la Concorde le lendemain ne relevait donc pas du hasard.


Une commande commencée sous Louis XVIII

L’histoire de la statue remonte à la Restauration.

Après la chute de Napoléon, Louis XVIII souhaite renouer avec certaines grandes traditions religieuses de la monarchie française. Parmi elles figure le vœu de Louis XIII, qui associait la fête de l’Assomption à une procession mariale solennelle.

Dès 1821, Louis XVIII envisage d’offrir à Notre-Dame une grande statue de la Vierge destinée à être portée en procession. Le projet reste cependant sans suite immédiate.

Après sa mort, Charles X reprend l’idée. À la demande de l’archevêque de Paris, le nouveau roi accepte de financer l’œuvre en 1826. La statue est alors exécutée par l’orfèvre Odiot.

Il est donc plus exact de parler d’une commande pensée sous Louis XVIII et accomplie sous Charles X.


Une statue conçue pour marcher

L’œuvre est en argent repoussé.

Ce choix technique possède une raison très concrète : la statue devait pouvoir être transportée lors des processions.

Une sculpture massive de cette taille aurait été presque impossible à porter. L’argent repoussé permettait d’obtenir une œuvre monumentale mais relativement légère.

La Vierge n’a donc jamais été pensée uniquement comme un objet destiné à rester derrière une vitrine.

Elle est une image processionnelle.

Elle devait sortir de la cathédrale, traverser les rues, être accompagnée par les prières et redevenir périodiquement le centre visible d’une dévotion populaire.

Cette fonction explique particulièrement bien sa présence place de la Concorde en 2026.


Le vœu de Louis XIII derrière Charles X

Pour comprendre cette Vierge, il faut remonter encore plus loin, jusqu’en 1638.

Louis XIII décide alors de placer son royaume sous la protection particulière de la Vierge Marie. Le fameux vœu royal prévoit notamment que la fête de l’Assomption, le 15 août, soit marquée par des célébrations et des processions.

Notre-Dame de Paris devient l’un des principaux lieux de mémoire de cette consécration.

Encore en août 2026, la cathédrale a organisé ses grandes processions de l’Assomption autour de la Vierge de Charles X. Le vœu de Louis XIII y a été solennellement relu et renouvelé.

La statue de 1826 s’inscrit donc dans une histoire commencée près de deux siècles avant elle.

Charles X ne crée pas une nouvelle dévotion royale. Il redonne un corps visible à une tradition héritée de Louis XIII.


Le 15 août 1826 : une première procession royale

La nouvelle Vierge est solennellement utilisée dès l’été 1826.

À l’occasion de la clôture du jubilé et de la fête de l’Assomption, elle est portée lors de la procession traditionnelle du vœu de Louis XIII.

Les documents liés à l’exposition consacrée au trésor de Notre-Dame précisent même que quatre valets de pied du roi participèrent à son transport.

L’objet est donc dès sa naissance à la rencontre de trois dimensions : la foi catholique, l’histoire de Notre-Dame et la monarchie restaurée.

Cela explique aussi pourquoi son histoire deviendra mouvementée lorsque la Restauration disparaîtra.


Une Vierge qui survit aux révolutions

Charles X est renversé en juillet 1830.

L’année suivante, Notre-Dame subit de graves troubles et son trésor est pillé. La Vierge d’argent est endommagée. Elle échappe néanmoins à la disparition et sera restaurée en 1856.

La statue survit ainsi au régime politique qui l’avait fait naître.

C’est un point essentiel pour comprendre sa signification actuelle.

Elle n’est plus depuis longtemps un emblème dynastique. Elle est devenue un objet du patrimoine liturgique de Notre-Dame et une image mariale utilisée dans la prière de l’Église de Paris.

Les régimes passent, la procession demeure.


Une couronne de Boucheron en 1929

Un siècle après sa création, la Vierge reçoit de nouveaux ornements.

En 1929, la maison Boucheron réalise une couronne et un collier destinés à la statue pour les processions de l’Assomption.

Ces éléments montrent que la dévotion n’est pas demeurée enfermée dans la mémoire de Charles X.

La Troisième République elle-même voit continuer les grandes processions mariales parisiennes autour de cette œuvre issue de la monarchie restaurée.

La Vierge de Charles X finit ainsi par appartenir davantage à Notre-Dame qu’au roi dont elle porte le nom.


2019 : sauvée de l’incendie de Notre-Dame

Le 15 avril 2019, lors de l’incendie de Notre-Dame, la priorité est donnée au sauvetage des reliques et des objets majeurs du trésor.

La Vierge d’argent fait partie des œuvres sorties de la cathédrale et mises à l’abri.

Les services du ministère de la Culture la citent explicitement parmi les objets transportés hors de Notre-Dame, aux côtés des reliquaires, chandeliers historiques et tableaux du trésor.

Elle traverse ainsi une nouvelle catastrophe parisienne, près de deux siècles après les violences du XIXe siècle.

Lorsque Notre-Dame ferme pour être restaurée, la Vierge continue néanmoins à participer aux processions mariales de Paris.

En août 2019, quelques mois seulement après l’incendie, elle est portée de nouveau lors de la procession de l’Assomption jusqu’à Saint-Sulpice.

Le monument était fermé.

La procession, elle, n’avait pas disparu.


Léon XIV devant la Vierge restaurée

Le 25 septembre 2026, Léon XIV devient le premier pape à entrer à Notre-Dame de Paris depuis sa réouverture.

Après avoir présidé les vêpres avec les évêques, prêtres, diacres, religieux, religieuses et séminaristes, il se recueille devant la Vierge de Charles X.

Le lendemain, la statue quitte à nouveau Notre-Dame.

Elle apparaît place de la Concorde, auprès de l’autel où Léon XIV célèbre à 15 heures la grande messe parisienne prévue au programme officiel du voyage.

Deux jours, deux lieux, une même image.

À Notre-Dame, elle appartient au trésor de la cathédrale.

À la Concorde, elle devient une présence visible au cœur de la ville.


De Louis XIII à Léon XIV

Le rapprochement historique est particulièrement saisissant.

Louis XIII consacre la France à la Vierge en 1638.

Louis XVIII restaure la procession après la Révolution.

Charles X offre la grande Vierge d’argent en 1826.

Notre-Dame la conserve malgré les changements de régime, les pillages, les révolutions et l’incendie.

Et en septembre 2026, Léon XIV prie devant elle avant qu’elle ne soit installée au cœur de la messe de la Concorde.

On aurait tort d’y voir une restauration monarchique déguisée, évidemment.

Mais on aurait tout autant tort d’y voir un simple accessoire esthétique.

La présence de la Vierge de Charles X montre quelque chose de plus subtil : l’Église catholique française conserve une mémoire qui traverse les régimes politiques.

Elle ne revient pas à la monarchie.

Elle continue simplement à prier avec les objets qu’une partie de son histoire lui a transmis.


La Concorde, un lieu presque paradoxal

Le choix de la place ajoute une dimension supplémentaire.

La place de la Concorde appartient profondément à l’histoire politique française. Elle fut place Louis XV, puis place de la Révolution. Louis XVI et Marie-Antoinette y furent exécutés.

Sous la Restauration, Charles X avait même prévu d’y ériger un monument en mémoire de Louis XVI.

Deux siècles plus tard, une Vierge offerte par ce même Charles X s’y retrouve non pour célébrer une dynastie, mais pour accompagner la messe d’un pape venu parler aux catholiques de la France républicaine.

L’image est presque un résumé de l’histoire religieuse française.

Rien n’est effacé.

Mais tout change de sens avec le temps.


Note culturelle : une œuvre d’orfèvrerie monumentale

La statue mesure 156 centimètres de haut pour environ 55 centimètres de large.

Elle représente la Vierge portant l’Enfant Jésus.

L’œuvre appartient à l’État et est classée au titre des monuments historiques depuis 1962. Elle demeure l’un des objets majeurs du trésor de Notre-Dame.

Son nom populaire, « Vierge de Charles X », masque donc quelque peu sa véritable identité.

C’est moins aujourd’hui une statue royale qu’une Vierge processionnelle de Notre-Dame de Paris.

Et c’est probablement ainsi qu’il faut comprendre sa présence auprès de Léon XIV.


Points essentiels

  • La Vierge présente à la Concorde appartient au trésor de Notre-Dame de Paris.

  • Elle date de 1826 et fut réalisée en argent par Odiot.

  • Un premier projet avait été conçu sous Louis XVIII.

  • Charles X finança finalement l’œuvre.

  • Elle était destinée aux processions mariales de l’Assomption.

  • Son histoire est directement liée au vœu de Louis XIII de 1638.

  • Elle mesure environ 1,56 mètre.

  • Elle fut endommagée en 1831 puis restaurée en 1856.

  • Boucheron réalisa une couronne pour elle en 1929.

  • Elle fut mise à l’abri lors de l’incendie de Notre-Dame en 2019.

  • Léon XIV a prié devant elle à Notre-Dame le 25 septembre 2026.

  • Elle a ensuite été installée à la Concorde pour la messe du 26 septembre.


Sources


Pour aller plus loin


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La présence de la Vierge de Charles X à la Concorde vous paraît-elle d’abord religieuse, historique ou patrimoniale ?

Les grandes traditions mariales françaises peuvent-elles encore parler à la France contemporaine sans devenir de simples reconstitutions du passé ?


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