La France et les papes : d’Avignon à Léon XIV, sept siècles de rencontres

 

D’une papauté installée sur le Rhône au retour du pape à Paris





🇬🇧 English summary

The relationship between France and travelling popes has changed radically over seven centuries. In the fourteenth century, the Pope did not simply visit what is now French territory: for nearly seventy years the papal court itself was established at Avignon. After the return to Rome, papal journeys became increasingly rare. The French Revolution even brought Pope Pius VI to France as a prisoner, while Pius VII came voluntarily for Napoleon’s coronation in 1804 before later returning as a captive. Modern papal travel began a completely new era with John Paul II in 1980. Benedict XVI followed him in 2008, while Francis chose three highly specific visits to Strasbourg, Marseille and Corsica without organising a nationwide journey. In September 2026, Leo XIV therefore does more than visit France: he restores the tradition of a genuine apostolic journey addressed to the entire Church in France.


✝️ 25 septembre : saint Firmin d’Amiens

Le 25 septembre, l’Église fait mémoire de saint Firmin, traditionnellement considéré comme le premier évêque d’Amiens. Sa biographie appartient en partie à la légende, mais son culte rappelle l’ancienneté extraordinaire du christianisme dans les régions qui allaient devenir la France. La cathédrale d’Amiens conserve encore sa mémoire, tandis que Pampelune, dont il serait originaire, l’honore sous le nom de San Fermín.

Il est assez approprié que Léon XIV commence son voyage en France le jour où l’on célèbre un évêque missionnaire associé aux origines chrétiennes de la Gaule. Car ce voyage pontifical de septembre 2026 ne surgit pas dans une histoire récente. Les rapports entre les papes et la France traversent presque toute l’histoire européenne.

 La coïncidence est d’autant plus amusante que saint Firmin est l’un des grands saints d’Amiens, ville dont Emmanuel Macron est originaire et où il est né et a grandi. 


Au XIVe siècle, le pape ne visite pas la France : il y habite

Parler de « visites papales » au XIVe siècle est presque un anachronisme. À partir de 1309, la cour pontificale s’installe à Avignon. Pendant près de soixante-dix ans, sept papes successifs y résident avant que Grégoire XI ne ramène définitivement la papauté à Rome en janvier 1377.

Une précision est toutefois indispensable. Avignon ne faisait pas alors partie du royaume de France au sens politique strict. La ville appartenait à un ensemble provençal lié au royaume d’Arles et ne devint propriété pontificale qu’en 1348, lorsque Clément VI l’acheta à Jeanne de Naples. Avignon et le Comtat Venaissin ne seront incorporés à la France qu’à la Révolution. Il n’en reste pas moins que, géographiquement, le centre de la chrétienté occidentale se trouvait pendant plusieurs générations sur le territoire de la France actuelle.

La situation est donc exactement inverse de celle de 2026. Aujourd’hui, la venue d’un pape pendant quatre jours devient un événement national. Au XIVe siècle, cardinaux, diplomates, artistes, théologiens et princes européens devaient se rendre dans la vallée du Rhône parce que le pape y avait installé sa cour.


Avignon transforme durablement la relation entre Rome et la France

Cette proximité n’est pas toujours un avantage. Les sept papes d’Avignon sont français et la présence de la cour pontificale si près du royaume nourrit rapidement l’accusation d’une papauté trop dépendante de la monarchie française. La période commence après le violent conflit entre Boniface VIII et Philippe le Bel et contribue à donner à la France un poids considérable dans les affaires romaines.

Lorsque Grégoire XI quitte Avignon en 1376 et entre à Rome le 17 janvier 1377, il ne met d’ailleurs pas définitivement fin à l’histoire pontificale avignonnaise. Le Grand Schisme d’Occident éclate l’année suivante et une autre lignée, aujourd’hui considérée comme celle des antipapes, se maintient encore à Avignon.

La France aura donc connu une situation que nous avons presque du mal à imaginer aujourd’hui : plusieurs générations pour lesquelles Rome n’était plus concrètement le lieu quotidien du gouvernement pontifical.


Puis les papes cessent presque de voyager

Après le Moyen Âge, le modèle change. Le pape devient progressivement un souverain beaucoup plus attaché à Rome et aux États pontificaux. Les déplacements internationaux d’un pontife régnant deviennent exceptionnels, et pendant plusieurs siècles la France entretient des relations extrêmement fortes avec Rome sans que le pape ait besoin de venir lui-même rencontrer les Français.

Les rois envoient leurs ambassadeurs. Les évêques partent à Rome. Les cardinaux circulent entre les deux cours. Les conflits ne manquent pas, du gallicanisme aux querelles jansénistes, mais le pape lui-même reste essentiellement italien dans sa géographie quotidienne.

Il faudra une Révolution pour qu’un souverain pontife franchisse de nouveau les Alpes dans des circonstances dramatiques.


1799 : un pape meurt prisonnier en France

En 1798, les troupes françaises s’emparent de Rome et Pie VI est arrêté. Le vieux pape est déplacé de ville en ville avant d’être conduit en France. Il traverse notamment les Alpes, Grenoble et la vallée du Rhône avant d’être enfermé à Valence, où il meurt le 29 août 1799. Le diocèse de Valence conserve toujours la mémoire de cette mort pontificale extraordinaire.

Ce n’est évidemment pas une visite pastorale. La France n’accueille pas le successeur de Pierre : elle le détient.

L’épisode constitue probablement le point le plus bas des relations entre la France moderne et la papauté. Quelques années seulement après l’annexion d’Avignon et du Comtat Venaissin, le pape meurt prisonnier de la puissance révolutionnaire qui a bouleversé l’organisation religieuse de l’Europe.

Pourtant, cinq ans plus tard, un autre pape entrera dans Paris sous les acclamations.


1804 : Pie VII vient couronner l’Empire

Lorsque Napoléon Bonaparte décide de donner une consécration religieuse à son nouveau régime impérial, il demande à Pie VII de venir à Paris. Le pape accepte et participe le 2 décembre 1804 au sacre célébré à Notre-Dame. Napoléon reçoit l’onction mais accomplit lui-même le geste du couronnement impérial, avant de couronner Joséphine.

La venue de Pie VII ne se limite pourtant pas aux quelques heures du sacre. Le pape séjourne plusieurs mois en France et sa présence suscite un véritable intérêt populaire. Dans une société qui sort à peine de la déchristianisation révolutionnaire, le pontife romain devient lui-même une attraction religieuse et politique.

La réconciliation sera de courte durée. Les relations entre Napoléon et Pie VII se dégradent à nouveau. Le pape sera enlevé en 1809, détenu à Savone puis transféré en 1812 à Fontainebleau, où il restera prisonnier jusqu’en janvier 1814.

Deux papes successifs auront donc connu la France sous la contrainte.

L’un y meurt prisonnier.

L’autre y vient d’abord solennellement avant d’y revenir captif.


Puis plus rien pendant plus d’un siècle et demi

Après Pie VII, les papes ne reprennent pas le chemin de Paris. Le XIXe siècle français est pourtant extraordinairement catholique par certains aspects : développement des congrégations, missions, pèlerinages, Lourdes, La Salette, renouveau monastique, catholicisme social. Mais le pape demeure à Rome.

Cette absence s’explique aussi par la transformation de la papauté elle-même. Après la disparition des États pontificaux en 1870, les papes se considèrent longtemps comme confinés au Vatican. La signature des accords du Latran en 1929 normalise leur situation, mais les voyages internationaux restent encore inhabituels.

Paul VI révolutionnera finalement le modèle au lendemain de Vatican II en multipliant les déplacements internationaux. Curieusement, malgré sa connaissance et son affection pour la culture française, il ne viendra jamais en France comme pape.

Il faudra attendre un Polonais.


1980 : Jean-Paul II revient après Pie VII

Le 30 mai 1980, Jean-Paul II arrive en France. Sa venue constitue le premier véritable voyage pontifical français depuis celui de Pie VII en 1804, si l’on met naturellement à part les captivités napoléoniennes. La Fondation Jean-Paul II en France présente elle-même ce déplacement comme le premier voyage d’un pape dans le pays depuis Pie VII.

La différence avec 1804 est spectaculaire. Le pape ne vient plus consacrer un régime politique. Il vient rencontrer une Église.

Paris, Notre-Dame, Saint-Denis, l’Institut catholique, le Bourget, le Parc des Princes, l’UNESCO et enfin Lisieux structurent son premier séjour. Jean-Paul II s’adresse simultanément aux évêques, aux jeunes, au monde culturel, aux travailleurs et aux fidèles. Le voyage pontifical moderne est né : plusieurs jours, plusieurs catégories de population et une succession de grands rassemblements publics.

Le pape n’est plus seulement un souverain reçu par un autre souverain.

Il devient un pèlerin parcourant le pays.


Jean-Paul II transforme la France en destination pontificale

Après 1980, Jean-Paul II revient presque continuellement. Il se rend à Lourdes en 1983, puis à Lyon, Taizé, Paray-le-Monial, Ars et Annecy en 1986. Deux ans plus tard, son itinéraire le conduit vers Strasbourg, Metz, Nancy, le Mont-Sainte-Odile et Mulhouse. En 1989, il se rend également à La Réunion, rappel important lorsqu’on parle des voyages pontificaux « en France » sans réduire le pays à l’Hexagone.

En septembre 1996, Jean-Paul II parcourt Tours, Saint-Laurent-sur-Sèvre, Sainte-Anne-d’Auray et Reims. L’année suivante, il revient à Paris pour les Journées mondiales de la jeunesse, dont la gigantesque messe finale constitue l’une des images les plus célèbres de son rapport à la jeunesse française. Enfin, en août 2004, alors qu’il est déjà très diminué, il effectue un dernier pèlerinage à Lourdes.

Si l’on distingue les voyages métropolitains de l’étape réunionnaise de 1989, on arrive à sept grands voyages en métropole auxquels s’ajoute La Réunion. La France devient ainsi l’une des terres les plus parcourues par Jean-Paul II, seulement devancée, parmi les pays étrangers, par sa Pologne natale.

Avec lui, le voyage pontifical devient presque une méthode pastorale.


Un pape peut désormais visiter les régions plutôt que seulement Paris

Cette évolution est fondamentale. Jean-Paul II ne limite pas ses voyages à la capitale et aux relations avec le président de la République. Il va vers les sanctuaires et les Églises locales.

Lourdes pour Marie et les malades, Lisieux pour Thérèse, Ars pour Jean-Marie Vianney, Paray-le-Monial pour le Sacré-Cœur, Taizé pour l’œcuménisme, Reims pour le quinzième centenaire du baptême de Clovis, Sainte-Anne-d’Auray pour la Bretagne catholique : la carte de ses voyages ressemble presque à une géographie spirituelle de la France.

Le pape redécouvre ainsi un pays dont la pratique religieuse décline, mais dont les lieux de mémoire chrétienne restent extraordinairement nombreux.

La France n’est plus seulement « Paris et Rome ».

Elle devient une mosaïque de catholicismes régionaux rencontrés directement par le successeur de Pierre.


2008 : Benoît XVI choisit Paris et Lourdes

Benoît XVI revient en France du 12 au 15 septembre 2008. Son voyage possède un caractère différent, plus resserré et fortement intellectuel et spirituel. À Paris, il rencontre Nicolas Sarkozy, s’adresse au monde de la culture au Collège des Bernardins, célèbre les vêpres à Notre-Dame et préside une grande messe en plein air. Il se rend ensuite à Lourdes pour le cent cinquantième anniversaire des apparitions de 1858.

Paris et Lourdes forment presque les deux pôles du catholicisme français contemporain. D’un côté, la capitale intellectuelle, politique et culturelle ; de l’autre, la ville de pèlerinage, de la maladie, de la prière populaire et de la dévotion mariale.

Après l’extraordinaire mobilité de Jean-Paul II, Benoît XVI préfère donc un voyage plus concentré.

Personne ne sait alors qu’il faudra attendre dix-huit ans avant qu’un pape organise de nouveau un véritable voyage apostolique adressé à l’ensemble de la France.


François vient en France sans vraiment “venir en France”

Cette formule peut sembler absurde, mais elle correspond presque exactement à la stratégie de François.

Le 25 novembre 2014, le pape se rend à Strasbourg pour parler devant le Parlement européen et le Conseil de l’Europe. Il se trouve évidemment physiquement en France, mais il refuse justement de transformer le déplacement en visite pastorale française. Dans l’avion du retour, il explique que se rendre à la cathédrale de Strasbourg aurait signifié commencer une véritable visite en France, ce qu’il ne souhaitait pas faire à cette occasion.

La nuance est extraordinaire.

Un pape peut être en France sans considérer qu’il visite la France.


Marseille : “je vais à Marseille, pas en France”

François pousse encore plus loin cette logique en 2023. Invité aux Rencontres méditerranéennes, il annonce avec sa franchise habituelle : « Je vais à Marseille, pas en France. » Son objectif est alors la Méditerranée, les migrations et les relations entre les peuples qui bordent cette mer. Il rencontre Emmanuel Macron et célèbre une grande messe au stade Vélodrome, mais refuse de donner à son déplacement la signification d’un voyage national.

La distinction est d’autant plus étonnante que l’événement possède tous les ingrédients d’une grande visite pontificale : foule immense, messe publique, rencontre avec les autorités et ferveur locale.

Mais François tient au symbole.

Il vient à une périphérie méditerranéenne.

Pas à un centre national.


Ajaccio : le pape des périphéries pousse la logique jusqu’en Corse

Le 15 décembre 2024, François revient une troisième fois sur le territoire français. Cette fois, il choisit Ajaccio et devient le premier pape de l’histoire à visiter la Corse. Il vient conclure un colloque sur la religiosité populaire en Méditerranée et célèbre une grande messe au Casone.

En dix années, François aura donc été présent à Strasbourg, Marseille et Ajaccio.

Une capitale européenne.

Un grand port méditerranéen.

Une île.

Mais jamais Paris en voyage pastoral national.

Ce dessin géographique résume presque son pontificat : François préfère constamment les marges au centre.


2026 : Léon XIV choisit exactement l’inverse

Avec Léon XIV, le changement apparaît immédiatement.

Le Saint-Siège et la Conférence des évêques de France ne parlent ni d’une visite à Paris, ni d’une étape européenne, ni d’un simple déplacement à Lourdes. Ils parlent explicitement d’un « voyage apostolique en France », du 25 au 28 septembre 2026.

La nuance de vocabulaire est capitale.

Léon XIV ne visite pas seulement une ville française.

Il vient rencontrer l’Église qui est en France.

Paris, Lourdes et Metz composent son itinéraire. Les vêpres de Notre-Dame réunissent prêtres, diacres, consacrés et séminaristes ; une veillée rassemble la jeunesse ; une messe publique est célébrée à Paris ; Lourdes accueille les évêques, les malades et les pèlerins ; Metz ouvre enfin le voyage vers la question européenne et la paix.

Dix-huit ans après Benoît XVI, la France retrouve donc un voyage pontifical pleinement national.


Et Paris retrouve un pape

Le symbole est d’autant plus fort que Notre-Dame a brûlé entre-temps.

Benoît XVI y avait célébré les vêpres en 2008. François était venu à Strasbourg, Marseille et Ajaccio, mais pas dans la cathédrale parisienne reconstruite. Léon XIV y revient le 25 septembre 2026, quelques mois après la restauration complète de l’édifice.

La cathédrale n’est donc plus seulement retrouvée par les touristes.

Elle retrouve aussi une fonction ancienne : recevoir le successeur de Pierre pour la prière de l’Église.

Entre le palais pontifical d’Avignon et les voûtes restaurées de Notre-Dame, presque sept siècles d’histoire se répondent.


De la cour pontificale à la papamobile

L’évolution est vertigineuse.

Au XIVe siècle, les fidèles ne voient guère le pape comme un voyageur. Il est un souverain entouré d’une cour considérable, installé derrière les murailles d’Avignon.

En 1804, Pie VII traverse les Alpes à la demande d’un empereur.

En 1799 et 1812, des papes entrent en France sous la surveillance du pouvoir politique.

En 1980, Jean-Paul II descend d’un avion et commence une série de rencontres retransmises à la télévision.

En 2026, des centaines de milliers de personnes peuvent suivre Léon XIV physiquement ou sur leurs téléphones, tandis que ses discours circulent instantanément dans le monde entier.

Le pape est toujours le même évêque de Rome.

Mais la manière de rencontrer un peuple a entièrement changé.


La visite papale raconte aussi l’évolution de la France

Il est tentant de regarder seulement l’histoire de la papauté. Mais ces voyages racontent tout autant celle de la France.

La France d’Avignon est encore une monarchie médiévale entourant un territoire pontifical.

La France de Pie VI est révolutionnaire et persécute Rome.

La France de Pie VII cherche un nouveau compromis concordataire entre religion et pouvoir.

La France de Jean-Paul II est une République laïque déjà très sécularisée, mais encore capable de rassembler des foules gigantesques autour d’un pape.

La France de François est celle des débats sur les migrations, l’Europe, la Méditerranée et la laïcité.

Celle de Léon XIV est un pays où la pratique catholique reste minoritaire, mais où remontent simultanément le nombre de baptêmes d’adultes, les pèlerinages de jeunes et la question de la transmission.

Chaque pape rencontre donc une autre France.


La France a cessé d’être le centre, mais elle demeure une étape

Le XIVe siècle pourrait donner l’impression d’un âge d’or impossible à retrouver : la papauté elle-même installée à Avignon, des cardinaux majoritairement français et la monarchie capétienne au centre des affaires européennes.

Ce monde a disparu.

Rome est redevenue Rome.

La France ne gouverne évidemment plus le catholicisme mondial.

Mais quelque chose demeure. Les papes continuent à revenir vers ce pays pour des raisons extrêmement différentes : sa culture, ses sanctuaires, son histoire politique, ses saints, ses fractures et ses nouvelles générations catholiques.

La géographie française reste ainsi étonnamment présente dans la mémoire pontificale : Avignon, Paris, Lourdes, Lisieux, Lyon, Ars, Taizé, Reims, Strasbourg, Marseille, Ajaccio, Metz.

Peu de pays européens peuvent aligner une telle carte.


Saint Firmin regarde passer Léon XIV

Il est finalement assez beau que Léon XIV arrive en France un 25 septembre.

Saint Firmin appartient aux origines presque légendaires de l’Église en Gaule.

Léon XIV appartient à une Église mondialisée dont le pape traverse les continents en quelques heures.

Entre les deux, la France a changé de régime, de frontières, de langue, de rapport à la religion et même de conception de la société.

Mais des évêques continuent à succéder aux évêques.

Des pèlerins continuent à marcher.

Et le successeur de Pierre continue, périodiquement, à venir voir cette très ancienne Église.


🐓 Pourquoi cela compte

La visite de Léon XIV n’est donc pas simplement celle d’un nouveau pape dans un pays européen.

Elle s’inscrit dans une histoire extraordinairement contrastée.

La France a été voisine immédiate de la cour pontificale.

Elle a détenu deux papes.

Elle en a fait venir un pour consacrer un Empire.

Puis elle a vécu cent soixante-dix ans pratiquement sans visite pontificale volontaire.

Jean-Paul II a transformé cette relation en faisant du voyage apostolique une véritable pastorale itinérante. Benoît XVI a repris cette tradition en 2008. François a volontairement préféré les visites périphériques de Strasbourg, Marseille et Ajaccio.

Léon XIV revient aujourd’hui à une autre logique.

Il vient explicitement en France.

Peut-être est-ce finalement le meilleur résumé de sept siècles d’histoire : autrefois, les papes venaient en France parce que la politique européenne les y conduisait. Aujourd’hui, ils viennent d’abord pour rencontrer les catholiques qui y vivent.

Et cela change presque tout.


📌 À retenir

Du séjour de la papauté à Avignon entre 1309 et 1377 à l’arrivée de Léon XIV en septembre 2026, la présence des papes sur le territoire français a pris des formes radicalement différentes. Pie VI y mourut prisonnier en 1799 ; Pie VII vint pour le sacre de Napoléon en 1804 avant d’être détenu à Fontainebleau quelques années plus tard ; Jean-Paul II inaugura en 1980 l’âge moderne des grands voyages apostoliques français ; Benoît XVI visita Paris et Lourdes en 2008 ; François choisit Strasbourg, Marseille et Ajaccio sans organiser un véritable voyage national. Léon XIV est ainsi le premier pape depuis Benoît XVI à effectuer explicitement un voyage apostolique en France.


🏺 Note historique : Avignon n’était pas encore française

Il faut résister à une simplification fréquente : lorsque les papes s’installent à Avignon en 1309, la ville ne fait pas partie du royaume de France. Elle devient propriété pontificale en 1348 et le restera, avec le Comtat Venaissin, jusqu’à la Révolution française. Dire que « les papes vivaient en France » est donc exact pour la géographie actuelle, mais pas pour les frontières politiques du XIVe siècle.

🎥 Vidéos

🎬 Pierre de Bérulle : le silence de l’infini
Un documentaire consacré au père de l’École française de spiritualité, à son rôle dans la réforme du clergé, à l’Oratoire et à l’introduction en France du Carmel réformé de sainte Thérèse d’Avila.
Voir le documentaire sur YouTube – KTO

🎬 Dom Guéranger : le refondateur
Ce documentaire de 2026 retrace la restauration de Solesmes, le renouveau bénédictin, le chant grégorien et l’influence de Guéranger sur le mouvement liturgique qui conduira jusqu’à Mediator Dei et Sacrosanctum Concilium.
Voir le documentaire sur KTO

🎬 Thérèse de Lisieux : L’Histoire d’une âme
Une émission de La Foi prise au Mot consacrée au texte qui a porté la « petite voie » de Thérèse bien au-delà du Carmel et contribué à faire de la sainte de Lisieux l’une des grandes figures spirituelles du XXe siècle.
Voir l’émission sur YouTube – KTO

🎬 Le Curé d’Ars, acteur et promoteur des missions paroissiales
L’historien Philippe Boutry revient sur Jean-Marie Vianney, sa conception de la paroisse et le rayonnement d’Ars. Cette conférence a été enregistrée en 2025 lors du centenaire de la canonisation du Curé d’Ars et de saint Jean Eudes.
Voir la conférence sur YouTube – KTO


📚 Sources

Pour la période avignonnaise, les principaux repères chronologiques sont confirmés par les travaux historiques sur la papauté d’Avignon et par les notices consacrées à l’histoire de la ville : installation de la cour pontificale en 1309, sept papes successifs et retour de Grégoire XI à Rome en 1377.

Pour Pie VI, le diocèse de Valence rappelle officiellement que le pape mourut prisonnier dans la ville en 1799. Histoire du diocèse de Valence

Pour Jean-Paul II, la Fondation Jean-Paul II en France conserve une chronologie détaillée de son pontificat et de ses déplacements français. Fondation Jean-Paul II en France

Pour François à Strasbourg, le Vatican conserve sa conférence de presse du 25 novembre 2014, dans laquelle il explique lui-même pourquoi son passage à Strasbourg ne constituait pas encore une visite de la France. François au retour de Strasbourg

Enfin, la Conférence des évêques de France présente officiellement le déplacement de Léon XIV du 25 au 28 septembre 2026 comme un voyage apostolique en France. Voyages officiels de Léon XIV


💬 Et vous ?

Quelle visite pontificale a le plus marqué l’histoire catholique française : Pie VII et Napoléon, le premier voyage de Jean-Paul II, les JMJ de 1997, Benoît XVI à Lourdes ou le retour de Léon XIV en 2026 ?

Et parmi les grandes villes spirituelles françaises, laquelle mériterait d’accueillir le prochain pape : Lisieux, Ars, Paray-le-Monial, Avignon, Marseille ou une ville où aucun pape ne s’est encore rendu ?


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