Pauvreté : le Secours catholique alerte sur les nouveaux pauvres seniorsPauvreté : le Secours catholique alerte sur les nouveaux pauvres seniors
Vieillir sans pouvoir vivre
🇬🇧 In brief
Senior poverty: when old age becomes a new social fragility
In France, a growing number of senior citizens and older workers are confronted with precariousness, broken professional careers, insufficient pensions and expensive housing. The Secours Catholique-Caritas France warns that poverty in old age is often the final consequence of difficulties accumulated during many years.
This situation interrogates not only the French social model, but also our conception of human dignity. Catholic social doctrine recalls that economic organisation must remain at the service of the person, especially of the most fragile. Solidarity, subsidiarity and the common good therefore invite society to guarantee that ageing does not signify falling into abandonment or material misery.
✝️ Le fait du jour
Vieillir devait autrefois signifier sortir progressivement de la précarité. Pour une partie croissante des Français, l’âge devient au contraire le moment où les difficultés accumulées pendant toute une vie finissent par se rejoindre : emploi perdu après 50 ans, carrière incomplète, maladie, logement trop cher, petite retraite, isolement et démarches administratives devenues difficiles.
Le 2 septembre 2026, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale consacrée à l’augmentation de la pauvreté, notamment parmi les travailleurs seniors et les personnes âgées, a auditionné le collectif Alerte. Parmi ses représentants figurait Daphné Chamard-Teirlinck, responsable de la coordination des plaidoyers et programmes du Secours catholique-Caritas France.
L’association attire l’attention sur un phénomène longtemps considéré comme presque résiduel : le retour de la pauvreté chez les personnes âgées.
Une pauvreté qui commence avant la retraite
Le problème des « nouveaux pauvres seniors » ne commence généralement pas à 64 ou 65 ans.
Il commence souvent plusieurs années auparavant.
Le rapport du Secours catholique sur la pauvreté montrait déjà que, parmi les personnes âgées de 50 à 64 ans rencontrées par l’association, seulement 18 % occupaient un emploi. Près d’un quart étaient au chômage et, parmi les personnes considérées comme inactives, beaucoup l’étaient pour des raisons liées à leur état de santé ou à leur incapacité à retrouver un emploi.
Cette situation crée une zone particulièrement fragile entre la fin de la vie professionnelle et l'ouverture des droits à la retraite.
Un salarié licencié à 56 ou 58 ans peut ainsi connaître plusieurs années de chômage, de petits contrats ou de minima sociaux avant de pouvoir liquider sa pension.
La retraite ne crée donc pas toujours la pauvreté. Elle peut simplement la figer.
Près de 10 millions de personnes sous le seuil de pauvreté
Le contexte général est lui-même préoccupant.
Selon l’Insee, 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire en France métropolitaine en 2024. Le seuil était alors fixé à 1 337 euros mensuels pour une personne seule.
Le taux de pauvreté atteignait 15,4 %, son niveau le plus élevé depuis le début de la série statistique en 1996.
Les retraités restent statistiquement moins pauvres que certaines autres catégories de la population : leur taux de pauvreté était de 10,4 % en 2024.
Mais cette moyenne cache des situations très différentes.
Une personne propriétaire de son logement, disposant d'une retraite complète et vivant en couple ne connaît évidemment pas la même réalité qu'une femme seule, locataire, ayant connu plusieurs interruptions de carrière et percevant une pension proche du minimum vieillesse.
Le retour des personnes âgées au Secours catholique
Un chiffre illustre particulièrement cette évolution.
Les personnes âgées de 60 ans et plus représentaient seulement 2,6 % des personnes rencontrées par le Secours catholique en 1999.
En 2024, elles en représentaient 7,3 %.
Leur part a donc presque triplé en vingt-cinq ans.
Le phénomène touche notamment les femmes seules, qui représentaient plus de la moitié des retraités rencontrés par l'association en 2024.
Il faut y voir les conséquences différées de carrières parfois anciennes : temps partiel, interruptions professionnelles pour élever des enfants, emplois faiblement rémunérés, chômage, séparation ou veuvage.
Une vie économiquement fragile produit mécaniquement une retraite fragile.
« Il m’est arrivé de ne rien manger pendant six jours »
Invitée de Sud Radio le 2 septembre après son audition parlementaire, Daphné Chamard-Teirlinck insistait sur ce point : la pauvreté des seniors est souvent l’aboutissement d’une trajectoire de pauvreté antérieure.
Les personnes concernées réduisent leurs dépenses alimentaires, renoncent à certains soins, retardent le paiement de factures ou limitent leur chauffage.
L’une des situations rapportées dans l’émission est résumée par cette phrase terrible :
« Il m’est arrivé de ne rien manger pendant six jours. »
La pauvreté des personnes âgées n’est donc pas seulement une statistique de revenu.
Elle devient une pauvreté des conditions de vie.
🎥 Vidéo : Les seniors souffrent économiquement, avec Daphné Chamard-Teirlinck, Secours catholique, Sud Radio, 2 septembre 2026
L’audition du collectif Alerte est également accessible depuis le portail vidéo de l’Assemblée nationale.
Le logement, piège silencieux
La question du logement devient alors centrale.
Une retraite faible peut rester relativement supportable pour une personne propriétaire d’un logement entièrement payé.
Elle devient beaucoup plus difficile lorsque plusieurs centaines d’euros disparaissent chaque mois dans un loyer.
À cela s’ajoutent :
• les charges ;
• l’énergie ;
• l’assurance ;
• les travaux lorsqu'on est propriétaire ;
• les dépenses liées à la mobilité ;
• parfois les coûts liés à la dépendance.
Le problème français des petites retraites est donc indissociable du problème du logement.
Deux personnes touchant exactement la même pension peuvent disposer, après paiement de leurs charges fixes, de niveaux de vie radicalement différents.
Des droits qui existent mais ne sont pas demandés
Autre paradoxe : certaines personnes pauvres ne perçoivent même pas toutes les prestations auxquelles elles pourraient prétendre.
Le Secours catholique insiste depuis plusieurs années sur le non-recours aux droits sociaux.
Démarches numériques, multiplicité des organismes, justificatifs, peur de faire une erreur, mauvaise connaissance des dispositifs : la complexité administrative éloigne particulièrement certaines personnes âgées.
L'association développe donc des dispositifs d'accompagnement aux démarches et d'accès au numérique, notamment pour les personnes âgées isolées.
Dans d'autres domaines sociaux étudiés par le Secours catholique, le non-recours atteint des proportions considérables : parmi certains ménages français accueillis et éligibles au RSA, il était estimé à 38 % en 2024.
La lutte contre la pauvreté ne consiste donc pas toujours à créer une nouvelle allocation.
Elle commence parfois simplement par permettre aux personnes de recevoir ce que la loi leur accorde déjà.
Ce que dit le catholicisme social
Le Secours catholique n'est pas seulement une organisation humanitaire portant un nom religieux.
Son action s'inscrit dans une tradition beaucoup plus ancienne : celle de la doctrine sociale de l'Église.
Celle-ci refuse deux simplifications.
La première serait de considérer la pauvreté comme une affaire exclusivement individuelle.
La seconde serait de penser que toute réponse doit nécessairement venir de l'État.
Le catholicisme social articule plusieurs principes : dignité de la personne, bien commun, solidarité, subsidiarité et destination universelle des biens.
Le Compendium de la doctrine sociale de l'Église rappelle notamment que l'économie doit permettre à chacun de disposer des ressources nécessaires à une vie digne et que la lutte contre la pauvreté découle de l'option préférentielle pour les pauvres.
Cette doctrine ne fournit pas un barème de retraite ou un taux de cotisation.
Elle fixe plutôt un critère permettant de juger une politique économique :
permet-elle à la personne de vivre dignement ?
Ni assistance permanente, ni abandon
La subsidiarité est souvent oubliée lorsqu'on parle du catholicisme social.
Elle signifie que l'État ne doit pas absorber toutes les initiatives de la société.
Familles, associations, communes, paroisses, organismes caritatifs et communautés locales doivent conserver leur capacité d'action.
Mais la subsidiarité ne signifie pas l'abandon.
Elle doit être associée à la solidarité.
Jean-Paul II rappelait ainsi que l'autonomie des communautés humaines ne pouvait être séparée de la responsabilité envers le destin des autres membres de la société.
Appliquée aux seniors pauvres, cette conception conduit à rechercher un équilibre :
assurer un minimum matériel suffisant, faciliter le retour à l'emploi lorsqu'il est encore possible, prévenir les ruptures professionnelles avant 60 ans, rendre réellement accessibles les droits sociaux et combattre l'isolement.
Le travail des seniors devient une question sociale
Le débat français sur les retraites s'est longtemps concentré sur un chiffre : l'âge légal de départ.
Mais celui-ci ne dit presque rien de la situation réelle d'une personne de 59 ans qui ne trouve plus d'emploi.
Reporter l'âge de la retraite n'a pas les mêmes conséquences pour un cadre toujours employé à 63 ans et pour un ouvrier licencié à 57 ans.
Le Secours catholique observait déjà que beaucoup de personnes entre 50 et 64 ans qu'il accompagnait se trouvaient durablement éloignées du travail avant même l'âge de la retraite.
La politique de l'emploi des seniors devient donc une politique de lutte contre la pauvreté future.
Chaque année passée hors de l'emploi avant la retraite peut diminuer les droits acquis et fragiliser encore davantage les dernières décennies de la vie.
Vieillir dignement
La pauvreté des seniors pose finalement une question plus profonde que celle du financement des retraites.
Que doit garantir une société à celui qui a atteint la vieillesse ?
Un revenu minimal ?
Un logement ?
L'accès aux soins ?
Une place dans la communauté ?
Le catholicisme social apporte ici une réponse exigeante : la dignité humaine ne diminue ni avec la productivité ni avec l'âge.
Une personne âgée ne cesse pas d'être membre de la communauté parce qu'elle ne produit plus de richesse marchande.
Et lorsque des personnes qui ont travaillé, élevé des enfants ou simplement traversé une existence difficile doivent choisir entre se nourrir, se chauffer et se soigner, la pauvreté cesse d'être un indicateur économique.
Elle devient une question de justice sociale.
📌 Pourquoi cela compte
Pendant plusieurs décennies, la pauvreté des personnes âgées avait fortement reculé en France grâce au développement des retraites et de la protection sociale.
La voir progresser de nouveau dans les permanences caritatives constitue donc un signal.
Les futurs pauvres âgés sont peut-être déjà visibles aujourd'hui parmi les quinquagénaires au chômage, les travailleurs précaires, les personnes seules et ceux dont les carrières ont été interrompues.
Prévenir la pauvreté à 70 ans commence souvent à 50.
📚 Sources
• Assemblée nationale, commission d'enquête sur les causes et conséquences de l'augmentation de la pauvreté, audition du collectif Alerte, 2 septembre 2026.
Consulter l’Assemblée nationale
• Insee, Niveau de vie et pauvreté en 2024, juillet 2026.
Consulter l’étude de l’Insee
• Secours catholique-Caritas France, État de la pauvreté en France 2025.
• Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l’Église.
🔎 Pour aller plus loin
🎥 Les seniors souffrent économiquement, entretien avec Daphné Chamard-Teirlinck, Secours catholique, Sud Radio, 2 septembre 2026.
Voir la vidéo
🏛️ Commission d'enquête sur la pauvreté des seniors, Assemblée nationale.
Suivre les travaux de la commission
📊 L'essentiel sur la pauvreté, Insee.
Consulter les chiffres
✝️ Compendium de la doctrine sociale de l'Église.
Lire le texte du Vatican
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Une société peut-elle considérer comme satisfaisant son système de retraites lorsque certaines personnes passent plusieurs années dans la pauvreté avant même d'atteindre l'âge de la retraite ?
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