Jean-Paul II à Lyon : quarante ans après, que reste-t-il de son passage en France ?

Le 22 octobre, fête de saint Jean-Paul II, ramène cette année à un anniversaire français : quarante ans après Lyon, Ars, Paray-le-Monial et Annecy, une autre génération vient d’accueillir Léon XIV







English summary

On 22 October, the Church celebrates Saint John Paul II. In France, the date has a particular resonance in 2026: forty years have passed since his apostolic journey to Lyon, Ars, Paray-le-Monial and Annecy in October 1986. That visit combined popular gatherings, Christian heritage, ecumenism and the beatification of Antoine Chevrier. Only weeks ago, Pope Leo XIV visited a France profoundly changed by secularisation, yet still capable of gathering immense crowds. Comparing the two journeys reveals not the disappearance of French Catholicism, but a transformation in the way faith is transmitted and publicly expressed.


Quarante ans entre deux voyages

La mémoire liturgique de saint Jean-Paul II est fixée au 22 octobre, date de l’inauguration solennelle de son pontificat en 1978. Cette année, la fête possède en France une résonance particulière : quarante ans se sont écoulés depuis son voyage apostolique des 4 au 7 octobre 1986 dans le centre-est du pays.

Lyon, Taizé, Paray-le-Monial, Ars et Annecy avaient alors constitué les étapes d’un itinéraire presque entièrement bâti autour de la mémoire chrétienne française. Jean-Paul II pria avec les autres confessions chrétiennes à Lyon, béatifia Antoine Chevrier, rencontra les jeunes au stade de Gerland, se recueillit auprès du Curé d’Ars, célébra à Paray-le-Monial et termina auprès de François de Sales et Jeanne de Chantal à Annecy.

Le diocèse de Lyon a marqué cette année les quarante ans de ces journées, notamment par une messe d’action de grâce rapprochant explicitement le souvenir de Jean-Paul II et la visite de Léon XIV en septembre 2026. Un ouvrage réalisé avec Le Progrès et RCF Lyon est également revenu sur ces quatre jours.

Ce rapprochement est intéressant parce qu’entre 1986 et 2026, la France religieuse a profondément changé.


En 1986, un pape visitait encore une mémoire chrétienne largement partagée

Jean-Paul II arrive à Lyon en sachant qu’il foule un territoire saturé de références catholiques. Les martyrs de Lyon, Pauline Jaricot, le Curé d’Ars, Marguerite-Marie, Antoine Chevrier, François de Sales : son voyage ressemble presque à un parcours dans l’histoire spirituelle française.

À son arrivée, il parle d’ailleurs de sa troisième visite en France et souligne la place particulière du pays. Il vient, dit-il, honorer plusieurs grands saints et certains lieux de pèlerinage.

Mais son voyage ne se limite déjà pas à une célébration patrimoniale. À Lyon, il rencontre les jeunes, les responsables pastoraux, la communauté juive, les autorités civiles et les représentants des autres Églises chrétiennes. À l’amphithéâtre des Trois Gaules, il repart de la mémoire des martyrs de 177 pour parler d’un héritage chrétien commun.

Le catholicisme français de 1986 était déjà traversé par la sécularisation, les débats postconciliaires et la diminution de la pratique. Mais il pouvait encore s’appuyer sur une familiarité culturelle avec le christianisme beaucoup plus largement partagée qu’aujourd’hui.


En 2026, Léon XIV rencontre une France moins catholique mais pas indifférente

Quarante ans plus tard, le paysage est différent.

La transmission familiale s’est affaiblie. Une partie importante des jeunes Français n’a plus reçu d’éducation chrétienne. De nombreuses paroisses regroupent plusieurs clochers et le nombre de prêtres a diminué.

Pourtant, la visite de Léon XIV a montré autre chose : une France très sécularisée peut encore se déplacer massivement pour un pape, tandis que les baptêmes d’adultes et d’adolescents connaissent une progression remarquable.

C’est précisément ce paradoxe que Cathorico avait relevé avant sa venue : la France de 2026 n’est pas redevenue la France catholique de 1986, mais elle n’est pas davantage devenue imperméable au religieux. France : cette soif de Dieu que les statistiques ne prévoyaient pas

Jean-Paul II parlait à une société qui connaissait encore largement le vocabulaire chrétien, même lorsqu’elle s’en éloignait.

Léon XIV parle davantage à une société où il faut parfois commencer par expliquer ce vocabulaire.

La différence est considérable.


Ce qui demeure de Jean-Paul II

Il serait pourtant exagéré de présenter les deux époques comme deux mondes sans rapport.

Une partie du catholicisme français actuel s’est formée dans l’héritage de Jean-Paul II : développement des grands rassemblements de jeunes, visibilité publique de la foi, nouvelles communautés, retour aux pèlerinages, insistance sur l’évangélisation et valorisation du rôle des laïcs.

Le voyage de Lyon avait également fait de la béatification d’Antoine Chevrier l’un de ses moments centraux. Ce choix demeure révélateur : le pape n’avait pas seulement voulu célébrer la grande histoire catholique française, mais mettre en avant un prêtre lyonnais du XIXe siècle qui avait choisi de vivre au milieu des pauvres de la Guillotière.

La mémoire de Jean-Paul II reste donc moins intéressante lorsqu’on la réduit à quelques images de foule que lorsqu’on regarde les hommes et les œuvres qu’il avait voulu remettre devant les Français.

C’est d’ailleurs ce qui rapproche probablement le plus 1986 de 2026.

Un voyage pontifical ne vaut que par ce qui commence après le départ du pape.


Quarante ans plus tard, une question demeure

Jean-Paul II avait terminé son arrivée à Lyon par une formule simple : il souhaitait donner à la France « le goût du bien », la joie de la paix et l’espérance.

Quarante ans après, les mots n’ont pas beaucoup vieilli.

Ce qui a changé est le terrain sur lequel ils doivent être entendus.

L’Église de France de 2026 ne peut plus présumer que la foi se transmettra d’elle-même. Elle doit expliquer, accueillir, former et parfois recommencer presque depuis le début.

Le souvenir de Jean-Paul II n’est donc peut-être pas celui d’une époque plus facile qu’il faudrait regretter.

Il rappelle plutôt qu’une Église ne vit jamais simplement de l’héritage qu’elle reçoit.

Elle doit toujours le transmettre à nouveau.


Sources

Le Saint-Siège conserve l’ensemble du programme et des discours du voyage de Jean-Paul II en France du 4 au 7 octobre 1986.

Le diocèse de Lyon a consacré plusieurs initiatives au quarantième anniversaire de la visite, notamment une messe d’action de grâce rapprochant Jean-Paul II et Léon XIV.

Vatican News rappelle que saint Jean-Paul II est célébré liturgiquement le 22 octobre.


Pour aller plus loin

La France entre dans la semaine de Léon XIV revient notamment sur la manière dont les voyages de Jean-Paul II ont préparé notre manière contemporaine de recevoir un pape en France.

Léon XIV révise son français avant de parler à la France permet de comparer deux styles pontificaux autour d’une même volonté de rencontrer réellement le pays.

Frédéric Ozanam : la charité qui voulait changer la société rappelle enfin un autre lien fort entre Jean-Paul II et le catholicisme français : sa béatification d’Ozanam à Notre-Dame de Paris pendant les JMJ de 1997.


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Que reste-t-il selon vous du catholicisme français façonné par Jean-Paul II : les grands rassemblements, l’évangélisation, les JMJ, les nouvelles communautés ou simplement une certaine manière d’assumer publiquement la foi ?

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