Jeunes catholiques : quand la transmission ne va plus de soi

 

Au lendemain d’une lettre de la CEF aux jeunes et d’un nouveau texte romain sur la transmission de la foi, l’Église de France se retrouve devant le même constat : il ne suffit plus d’hériter, il faut recommencer à transmettre





English summary

French Catholicism faces a double challenge on 23 October 2026. The French Bishops’ Conference has addressed young Catholics after weeks of student protests and violence, urging them to engage without hatred and recalling Pope Leo XIV’s words: “You are the saints of France.” On the same day, the Vatican published Venite ad me, a major document acknowledging that the intergenerational transmission of faith has broken down in many secularised societies. Together, both texts point towards a Church that can no longer rely on inherited Catholic culture and must rediscover personal witness, community and the proclamation of the Gospel.


« Vous êtes les saints de France »

Trois semaines après la grande veillée du Stade de France avec Léon XIV, la Conférence des évêques de France s’adresse directement aux jeunes catholiques. Le contexte a changé brutalement : manifestations lycéennes et étudiantes, inquiétudes sur l’avenir, puis violences, pillages et affrontements. Les évêques reconnaissent la légitimité de l’engagement démocratique, mais refusent que la colère transforme l’adversaire en ennemi. Leur formule résume tout le texte : « Notre seule arme est celle de l’amour qui se donne. »

La lettre reprend les trois verbes proposés par Léon XIV au Stade de France : éviter, tendre et combattre. Éviter l’orgueil et la violence, tendre vers la justice, la foi et la charité, combattre pour ce que l’on juge juste mais sans mépris ni oppression. La CEF ne demande donc pas aux jeunes de devenir apolitiques. Elle les invite au contraire à prendre leur place dans la démocratie en essayant de rester chrétiens jusque dans leur manière de s’opposer.

Le défi est considérable. Il est relativement facile d’être chrétien pendant une veillée entouré de dizaines de milliers d’autres jeunes. Il est beaucoup plus difficile de le rester lorsqu’une société se crispe et que l’engagement politique devient conflictuel.


Rome arrive au même constat par un autre chemin

Le 22 octobre, le Vatican publiait parallèlement Venite ad me, un long document du Dicastère pour la Doctrine de la foi consacré à la transmission de la foi.

Son diagnostic est particulièrement important pour la France : dans de nombreuses sociétés, la foi ne se transmet plus automatiquement dans la famille. Le texte constate que ce modèle demeure encore fort dans certaines régions d’Afrique et d’Asie, mais qu’il s’est largement interrompu ailleurs. L’Église doit donc cesser de penser la catéchèse comme si les nouvelles générations arrivaient encore avec un arrière-plan chrétien déjà constitué.

Le document va même plus loin. Il reconnaît l’augmentation des demandes de baptême et de sacrements dans certaines régions très sécularisées, mais met en garde contre le triomphalisme : certains nouveaux baptisés retombent rapidement dans l’indifférence faute d’accompagnement communautaire. Le problème n’est donc plus seulement d’attirer vers l’Église, mais d’aider à durer.

C’est probablement l’un des enjeux majeurs du catholicisme français contemporain.

Une génération peut se passionner pour un pèlerinage, découvrir la messe ou demander le baptême. Mais si personne ne lui apprend ensuite à prier, à lire l’Évangile, à comprendre la liturgie et à trouver une place réelle dans une communauté, l’enthousiasme peut retomber aussi vite qu’il est apparu.


Recommencer par le cœur du christianisme

Venite ad me propose une réponse assez nette : revenir au kérygme, c’est-à-dire au cœur de l’annonce chrétienne, plutôt que commencer par une accumulation de règles ou de concepts.

Le texte critique une transmission trop « scolaire », « dogmatique » ou « moraliste » lorsqu’elle devient incapable de toucher l’existence réelle des personnes. Il insiste au contraire sur la proximité, le témoignage personnel, l’écoute, les récits et les relations humaines. Il demande aussi de mieux rejoindre les différentes cultures contemporaines, des jeunes de banlieue aux communautés migrantes ou aux habitants des petites communes.

La lettre des évêques français et le document romain se rejoignent donc assez naturellement.

Dans les deux cas, il ne suffit plus de dire aux jeunes ce qu’un catholique doit penser.

Il faut leur apprendre à devenir eux-mêmes responsables d’une foi reçue, réfléchie et vécue.

L’expression lancée par Léon XIV au Stade de France, « Vous êtes les saints de France », prend alors un sens beaucoup moins spectaculaire qu’il n’y paraît. La sainteté dont parlent les évêques ne consiste pas à devenir immédiatement une figure héroïque. Elle commence par une manière de manifester, de travailler, de débattre, de pardonner et de transmettre.


Sources

La lettre de la Conférence des évêques de France aux jeunes catholiques a été publiée le 22 octobre 2026 et signée par Mgr Jean-Philippe Nault et le père Christophe Danset.

Le Dicastère pour la Doctrine de la foi a publié le même jour Venite ad me. Considérations sur la transmission de la foi à l’aube d’une nouvelle ère, approuvé par Léon XIV.


Pour aller plus loin

France : cette soif de Dieu que les statistiques ne prévoyaient pas revient sur le regain récent des démarches de baptême et sur ce qu’il révèle d’une génération moins religieuse par héritage, mais parfois davantage religieuse par choix.

Catholicisme français : former une génération plutôt que seulement défendre une position pose précisément la question désormais soulevée par Rome : comment transformer une curiosité ou un engagement ponctuel en formation durable ?

La France entre dans la semaine de Léon XIV permet enfin de revenir sur l’attente placée dans la rencontre du pape avec la jeunesse française.


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La croissance actuelle des demandes de baptême peut-elle devenir un renouveau durable si les paroisses ne changent pas leur manière d’accueillir et de former ?

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